DEUXIEME PARTIE
les heures comptent, les ans s'écoulent, et le tisserand prend les écheveaux '.
Le héraut. Celles qui viennent maintenant, vous ne les reconnaîtrez pas , seriez-vons cent fois plus versés dans les anciennes écritures; à les voir, celles qui firent tant de mal, vous les nommeriez des liùtes bienvenns.
Personne ne \oudra nous croire Furies, jolies, bien faites, aimables, jeunes d'années! Entrez en commerce avec elles, et vous verrez comme de semblables colombes mordent à la manière des serpents.
Dans le fond elles sont sournoises; mais aujourd'hui que chaque fou se vante de ses torts, elles n'ont que faire de se donner pour des anges, et s'avouent les vrais fléaux des villes et des pays.
Alecto. a quoi sert-il? vous vous fierez à nous, car nous sommes gentilles, jeunes, et faisons patte de velours. Si l'un de vous a quelque part une bien-aimée, nous lui gratterons l'oreille aussi longtemps.
Jusqu'à ce que nous osions lui dire en face qu'elle fait des signes à tel ou tel, et qu'elle est d'une pauvre cervelle, bossue, et qu'elle boite, et, si elle est sa fiancée, qu'elle ne vaut rien.
Ainsi nous savons tourmenter aussi la fiancée : son bien-aimé, il v a quelques jours, a parlé d'un ton dédaigneux d'elle à une autre; et s'il arrive qu'on se réconcilie, il en reste toujours quelque chose.
Mégère. Jeu que tout cela ! Laissez-les d'abord s'unir, et j'en fais mon affaire; et je saurai dans tous les cas empoisonner par les caprices le bonheur le plus doux. L'homme eût variable, les heures sont variables.
Nul n'étreintle désir dans ses bras sans soupirer follement après un plus vif désir, qui le prend au faîte du plus grand bonheur auquel il s'habitue. 11 fuit le soleil, il veut réchauffer la glace.
Je sais avec eux comment il faut s'y prendre ; j'amène Asmodée le fidèle, pour semer le malheur en temps opportun, et je détruis ainsi l'engeance humaine par couples.
TisiPHONE. En place de méchantes langues, je mêle et prépare pour le traître la dague et le poignard. Aime ton pareil, et tot ou tard le désespoir doit s'emparer de toi.
^ Clotho tient la quenouille, Lachésis le fil, Atropos les ciseaux. Dansées couplets que chantent les Parques, Goethe intervertit les rôles, sans doute ù cause de la mascarade. Glolho a pris les ciseaux fatals d' Atropos, qu'elle enferme dans l'étui pour quelques jours; la vieille file pendant ce temps, et Lachésis ordonne.
11 faut que miel, du uionient, se change en absinthe et en tiel; ici point d'égard, point de pillé; il a commis l'aclion, il la paiera.
Pardon, chanson ! je me plains aux rochers, et l'écho, écoute! répond : Vengeance! El celui qui change ne doit point vivre.
Le héraut. Qu'il vous plaise de vous ranger un peu de côlé, car ce qui s'approche n'est pas de vos semblables. Voici venir une montagne, les flancs orgueilleusement revêtus de tapis variés, la tête armée de longues défenses, d'une trompe qui se meut à la manière des serpents. Un uiystère dont je vous donne la clef. Sur sa nuque, assise, une femme gracieuse et délicate la dirige avec adresse au moyen d'une fine baguette. L'autre, placée au sommet, majestueuse et superbe, est entourée d'un éclat qui m'éblouit. A côté, cheminent de nobles femmes enchaînées : l'une inquiète, l'autre toute joyeuse; celle-ci désire, celle-là se sent libre. Que chacune énonce à présent qui elle est.
La Crainte. Les torches fumantes, les lampes, les flambeaux vacillent à travers la fêle confuse; au milieu de ces figures trompeuses, ma chaîne, hélas ! me relient.
Loin d'ici, vous, rieurs risibles! votre grimace éveille mes soupçons. Tous mes antagonistes me pressent en cette nuit.
Ici un ami est devenu ennemi, — je connais déjà son masque. — Celui-là voulait m'assassiner ; — découvert maintenant, il s'esquive.
Oh! pour m'en aller n'importe où, — que je voudrais m'enfuir du monde ! — Mais là-bas le néant menace, — et je reste suspendue entre les ténèbres et l'horreur.
L'Espérance. Salut, vous, sœurs chéries. Déjà, aujourd'hui et hier vous vous êtes amusées à passer votre temps en mascarades; mais je sais pertinemment, quanta moi, que vous voulez demain vous démasquer. Et si l'éclat des flambeaux n'a point pour nous des charmes singuliers, nous irons à la lumière des beaux jours, selon notre unique volonté, tantôt en o-roupe, tantôt seules, courir librement par les belles prairies, comme il nous plaira, nous reposer ou bien agir, et, dans uiie vie libre de soucis, sans nous priver jamais, poursuivre sans relâche un but. Hôtes bienvenus partout, entrons hardiment ici; assurément, le bien suprême doit se trouver quelque part.
La Prudence. Je tiens enchaînées, éloignées de la multitude, deux des plus grandes ennemies des hommes, la Crainte et l'Espérance. Faites place ! vous êtes sauvés.
Le colosse animé, je le conduis, voyez-le, chargé de tours, et il marche sans résistance, pas à pas, à travers des sentiers escarpés.
DKIXIKME IWRTIK. 20i)
^lais là-haul, sur \c pinacle, cette déesse aux ailes amples et puissantes qu'elle déploie pour se porter à la conquête aux quatre points du monde.
Autour d'elle, éclat et gloire hrillenl au loin de tous côtés; elle s'appelle la Victoire, reine de toute activité.
Zoïi.o-TiiERsrnî '. llu! lui î je viens à propos pour vous maltraiter tous! Mais celle que je me suis proposée pour point de mire est là-haut, dame Victoire! Avec ses deux ailes blanches, elle se croit \olontiers un aigle, et là où seulement elle se tourne, s'imagine que tout lui appartient, peuple et pays. Patience ! là oii quelque chose de glorieux arrive, moi je m'emporte. Voir haut ce qui doit être bas, bas ce qui doit être haut; voir la ligne courbe droite, et la droite courbe, voilà ce qui, seul, fait que je me porte bien, et ce que je veux sur toute la terre.
Le HÉRAUT. Que la sainte baguette te frappe, méchant gueux! que tes membres se tordent aussitôt eu d'affreuses convulsions! — Voyez, le double nain se pelotonne tout à coup en une masse immonde ! — 0 prodige! — La masse devient œuf, l'œuf se gonde, il crève; deux jumeaux s'en échappent : la vipère et la chauve-souris. L'une s'en va rampant dans la poussière; l'autre, noire, prend son essor vers le plafond. Toutes deux se hâtent au dehors pour faire alliance; je n'y voudrais pas être en tiers.
Murmures. Alerte! on danse déjà là-bas. — Non, je voudrais être loin. — Sens-tu comme cela nous enveloppe, l'engeance fantastique ? Cela frôle dans mes cheveux; — tout à l'heure je le sentais près de mon pied. — Aucun de nous n'est blessé ; — mais nous sommes tous pris d'épouvante. — La plaisanterie se gâte. — Les imbéciles l'ont voulu ainsi !
Le iiéraut. Depuis que dans les mascarades les devoirs de héraut me sont confiés, je veille avec sollicitude à la porte, afin qu'ici , dans ce lieu de plaisir, rien de funeste ne vous atteigne; je ne plie ni ne cède, et pourtant je crains que, par les fenêtres, des Esprits de l'air ne se glissent; car des enchantements, des sortilèges, je ne saurais vous garantir. Si le nain vous effrayait, maintenant, là-bas, c'est toute une multitude en fureur. Le nom et le caractère de ces formes, je voudrais bien vous les expliquer, comme il convient à mon emploi; mais ce qui n'est pas compréhensible, je ne saurais le définir. Venez donc tous à
^ Zoïlo, ce Grec si fameux par ses ignobles critiques fies œuvres do Plaloii et d'Homère. Tliersiic, ce bossu bidcux et méchant dont il est question au XI"" livre de V Iliade. Il détestait Acliiile, Ulysse et Agamemnon, bravait insolemment les cliel's de l'armée, et conseillait toujours la retraite. Ulysse le battit un jour de son sceptre, au point de le faire pleurer. Il linit par être tué par Achille. Après sa mort, les dieux le changèrent en une gren luille. Selon Platon, son âme passa dans le corps d'un singe. Plafo, de Republicà, lib. x. Tel est le couple gracieux que Goethe a réuni dans une seule individualité; de là Zoilo-Tliersite; le nom suffit cette fois pour indiquer la nature du personnage.
mon aide. Voyez-vous comme cela glisse à travers la foule? Allele de quatre chevaux, voyez-vous ce char magnifique qui perce à travers tout? Mais il ne fend pas la masse, je ne vois nulle part qu'on se presse; il sème dans l'éloignement des étiucelles de toutes couleurs; mille étoiles égarées trembloteut cà et là; on dirait une lanterne magique. Cela s'approche avec un ronllcment furieux comme l'ouragan. Place! place! je frissonne !
Un ENFAM [le guide du char), lïalte! coursiers; ployez vos ailes, obéissez au frein accoutumé , modérez-vous dos que je vous modère, partez rapides lorsque je vous anime. — Honorons ces lieux! — Voyez à l'enlour s'accroître le nombre des gens ébahis, foule sur fouie! A l'œuvre donc, héraut! à ta manière, avant que nous n'ayons fui, nomme-nous et nous explique; car nous sommes les Allégories : à ce compte, tu devrais nous connaître.
Le iiéuaut. Je ne saurais te nommer; je pourrais plutôt te décrire.
L'enfant-guide. Essaie.
Le héraut. 11 faut l'avouer, d'abord tu es jeune et beau, un enfant à peine adulte et que les femmes voudraient bien voir adulte accompli; tu me parais un galant en herbe, nn séducteur de race.
L'enfant-guide. Cela s'entend! Continue, découvre le gai mot de l'énigme.
Le héraut. L'éclat noir de tes yeux, la nuit de ta chevelure qu'un diadème étincelant égaie! et quel gracieux manteau coule de tes épaules à tes talons, avec sa bordure de pourpre et de clinquant! On te prendrait vraiment pour une fille, et cependant je tiens que tu serais déjà capable de leur tourner la tète; tu as été à leur école.
L'enfant-guide. Et celui qui, tel que l'image de la magnificence, trône sur ce char?
Le héraut. 11 semble un roi ])uissantet gracieux. Heureux celui qui sait gagner sa faveur! à quoi pourrait-il prétendre désormais? Son regard va au-devant du besoin, et sa joie pure de donner est plus grande que la possession et le bonheur.
L'enfant-guide. Tu ne dois pas t'en tenir là; songe qu'il faut le décrire avec exactitude.
Le héraut. La dignité ne peut se décrire; mais son visage frais et rond comme la lune pleine, ses joues en llenr qui s'épanouissent sous ra])pareil du turban, une riche aisance dans les plis de sa robe ! que dire de son maintien? Il me semble reconnaître en lui un souverain.
L'enfant-üuiüe. C'est IMutus, dieu de la richesse, qui vii'nt ici dans toute sa pompe. Le grand empereur l'appelle de tous ses vœux.
Le héraut. Maintenant dis-nous aussi, pour ce qui le regarde, le quoi et le comment.
L'e.nfant-glide. Je suis la Prodigalité, je suis la Poésie, je suis le poète qui se satisfait en dispersant son propre bien. Moi aussi je suis riche im-
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ineiisütiiciit^ et me liens l'égal de IMuliis. J'anime et décore ses danses et ses fêtes ; ce qui lui manque, je le lui donne.
\.]L iiÉRAi T. La fanfaronnade te sied à ravir; mais voyons un peu ce que tu sais faire.
I.'enfant-giide. Voyez, il me suffit de claquer des doigts, et sur-lechamp des étincelles et des lueurs jaillissent autour du char. Tenez, voilà un collier de perles.
(I^iisant toujours claquer ses doigts.)
A vous les agrafes d'or, les pendants d'oreilles, les colliers; à vous aussi les peignes et les couronnes sans défaut^ joyaux précieux montés en bagues ; j(î jette aussi par moment de petites flammes, attendant où elles peuvent prendre.
Le iiÉRAiT. Comme elle happe et saisit tout, la chère multitude ! le donneur en est assailli. 11 j)leut des bijoux comme dans un rêve, et chacun veut en avoir quelque chose. Mais en voici bien de nouvelles, à présent! Ce qu'ils saisissent avec tant d'avidité ne leur profite guère, les trésors leur échappent aussitôt. Le collier de perles se brise, et le pauvre diable n'a plus dans sa main que des scarabées qui se débattent ; il les secoue, et les voilà qui bourdonnent autour de sa tête. Les autres, au lieu de biens solides, n'ont attrapé que de frivoles papillons. Oh! le fripon ! qui promet tant et ne donne que du clinquant !
L'enfant-giide. Oui, tu sais expliquer les masques; mais découvrir le fond des êtres n'est point l'affaire d'un héraut de cour : il faut à cet emploi des gens plus pénétivauts. J'évite cependant toute querelle, et c'est à toi, maître, que s'adressent mes questions et mes paroles. (// se tourne vers Plutus.) Ne m'as-tu pas confié le soin de guider tes quatre fougueuses cavales? Ne les ai-je pas conduites avec bonheur, selon tes volontés? Ne suis-je pas où tu m'indiques? N'ai-je pas su, sur des ailes rapides, le conquérir la palme? Si souvent que j'aie combattu pour toi, n'ai-je pas toujours été vainqueur? Les lauriers qui couvrent ton front, n'est-ce point mon esprit et ma main qui les ont tressés?
Plutus. S'il est nécessaire que je l'atlesle, je le dis volontiers : lu es l'esprit de mon esprit, tu agis toujours selon ma volonté, tu es ))lus riche que je ne le suis moi-même, et j'estime, pour honorer tes services, ce rameau vert plus haut que toutes mes couronnes. Je le ])roclame ici devant tous et du fond du cœur : Mon enfant bien-aimé, je suis content de toi.
L'exfant-guide, à la foule. Les plus ricbes dons de uki main, voyez, je les ai répandus à la ronde. Par-ci, pu- -là, je vois des tètes où brille une petite flamme que j'ai secouée. Elle saute de l'un à l'autre, s'attache à celui-ci, échappe à celui-là ; rarement elle s'élève flamboyante et luit splendide dans sou éclat passager; mais chez plusieurs, avant même qu'on ait pu soupçonner son existence, elle s'éteint, tristement consumée.
Caquetage des ee.mmes. Celui-là, tout en haut sur le char, est, à coup
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sur, un cliarlalan. Derrière, se blottit Hanswurst ', mais amaigri par la faim et la soif, et tel que jamais encore on ne Fa vu ; il ne sent rien quand on le pince.
I.'amaigui. Foin des hideuses carognes ! Je sais que je suis toujours le malvenu pour elles. Lorsque la femme prenait encore soin du foyer, on m'appelait Avarice; ; en ce temps, la maison était en bon élat : beaucoup y entrait, rien n'en sortait. Je veillais sur le coffre-fort et sur l'armoire; c'était sans doute là un vice ! Mais lorsque, dans ces dernières années, la femme eut désappris Fécononiie, et qu'à la façon de tout mauvais payeur, elle a plus de désirs que d'écus, il reste à l'homme beaucoup à souffrir; de quelque coté qu'il se tourne, des délies. Gagne-t-elle quelque chose, elle le dépense pour son corps, pour son amant; aussi, elle mange mieux, boit encore mieux avec la damnée troupe de galants. Ma passion pour l'or s'en accroît, et je suis F Avare au masculin.
La femme en solo. Oue le dragon aille enfouir avec les dragons; après tout, cela n'est que fourberie et mensonge! 11 vient pour j)rovoquer les hommes, comme s'ils n'étaient pas assez désagréables sans cela.
Les femmes en masse. Cet homme de paille ! un soufllel sur sa joue ! Ou'a donc à nous menacer ce souffre-douleur? Nous craignons bien ses grimaces, en vérité! Les dragons ne sont que de bois et i\e carton. Sus ! sus ! tombez-lui sur la carcasse!
Le héraut. Par mon bàlon! paix là! — Mais mon secours esl inutile; voyez comme les monstres furieux, envahissant l'espace, déploient la double paire de leurs ailes! Les gueules pourvues d'écaillés des dragons irrités s'agitent en vomissant du feu. La multitude fuit, la place est nette.
(Pluliis descend du cliar.)
Le hérai't. 11 s'avance; Tjuelle majesté royale! Sur un signe de lui, les dragons s'agitent; ils ont descendu du char le coffre rempli d'or et d'avarice, le voilà à ses pieds : c'est un prodige comme cela s'est fait.
Plutis, à r Enfant-Guide. Te voilà déLarrassé de ce jc^anl l'aidiau, te voilà libre ; maintenant, alerte vers ta sphère ! Elle n'est ])oinl ici, où, dans la confusion elle bruit, les fantômes grotesques nous assiègent. Va-t'en là
' Hanswurst, pantin des farces allemandes.
L'Avarice aux yeux caves, aux membres décharnés, debout deri-ière le cliar où se prélasse, dans la pourpre de coussins, l'endjonpoint épanoui du dieu de l'or, est encoi'c un de ces contrastes que Goethe allectionne, et dont nous l'avons \u déjà souvent tirei- parti. Au calme grandiose, à la sérénité magnifique delà llichesse personnifiée dans IMutus, le dieu au visage lleuri, à la barbe épaisse et suave, à la parole solennelle, il oppose la mine creuse, l'air ébourillé et les pasquinades ignobles de l'avarice. N'y at-il pas aussi du IMépbistophélès dans cet amaigri goguenard, espèce de clown du dieu Plutus, qui vient là comme le boidlon de la mascarade, als Fulie des Ganzen, loûr me servir d'une expression familière aux Allemands? Outre que sa présence derrière Faust l'indique assez (Mcpliistophélès ne quitte guère son compagnon, et Plutus ici n'est autre que Faust, Faust qui promet l'or et les richesses à l'empereur, ce grand tout du moyen âge, ce dieu n->.v), on le devine à ses velléités de luxuie à la fois brutale et grotesque. Il est vrai que l'Avarice, en tant que péché capital, tient de l'enfer, et par là conserve avec le diable un air de famille auquel on I eut facilement se méprendic.
DKIMIIMK l'Ain II". 213
Oll, loi |)ur, lu conleinples la |)iii'elc soreiiic; là oîi lu riij)|)ailioiis, où lu n'as foi qu'en loi-niènie; là bas où le Heau cl le Hon plaisent seuls, A la solitude ! — Va y créer ton inonde.
I/enfant-giide. (.'est ainsi que je m'estime coniine di^rie envoyé, ainsi que je t'aime comme ton plus proche parent. Où tu résides est ropiilcnce, où je suis chacun se voit nager au milieu des plus riches trésors. Dans cette vie absurde, l'homme hésite souvent : se doniicra-t-il à toi ou à moi? Les tiens, à la vérité, peuvent se reposer en désœuvrés; mais qui s'attache à mes pas a toujours quelque chose à l'aire. Je n'agis point en secret; je respire, et me voilà trahi. Adieu doue ! tu me laisses à mon bonheur! Murmure doucement mon nom, et je rcNicns aussitôt.
(Il part roiniiic il est venu.)
Plltis. Maintenant, il est temps de délier les trésors ! Je louche les serrures avec la verge du héraut, cela s'ouvre. Voyez, dans les coffres d'airain, c'est un sang dor qui circule; d abord, la pompe des couronnes, des chaînes, des anneaux. La masse en ébulliticn menace de la dévorer tandis qu'elle fond.
Clameurs diverses de la MiLirruDE. Voyez, oh! voyez, quelle fusion splendide ! le coffre s'emplit jusqu'aux bords, — les vases d'or se fondent, les rouleaux roulent, les ducats bondissent tout monnayés. Oh! comme le cœur me bat, comme je vois tous mes désirs tourbillonner là sur le sol!
— On vous l'offre, profitez-en sur-le-champ; vous n'avez qu'à vous baisser pour être riches. — Nous autres, prompts comme l'éclair, nous nous emparons du coffre. *
Le héraut. Qu'est-ce donc? insensés! que voulez-vous? il n'y a rien ici qu'un jeu de mascarade; ce soir, on n'en demande pas davantage. Croyez-vous qn'on va vous donner de l'or et des valeurs? Mais des jetons seraient de trop pour vous dans cette partie. Maladroits! qui voulez d'une aimable plaisanterie faire la vérité crue, à quoi vous servirait la vérité?
— Vous vous jetez à corps perdu dans l'erreur grossière. — Plutusde carnaval, héros de mascarade, chasse-moi d'ici tout ce monde.
Plutus. Ton bâton va me servir à merveille; prète-le-moi pour un instant. — Je le trempe dans la flamme liquide. — Maintenant, Masques, gare à vous ! Ouels éclairs, quels craquements, quelle fusée d'étincelles ! voilà déjà le bâton tout en feu. Oui s'ajjproche de trop près est aussitôt brûlé sans pitié, lîon, je commence ma tournée.
Cris ET confusion. Aie! aie! c'est fait de nous. — Sauve qui peut! — Arrière, arrière, mon voisin ! — J'ai le visage aspergé détincelles ! — Que ce bàton de feu me pèse ! — Nous sommes tous et tous perdus! — Arrière ! troupe de masques! .Vrrière, arrière, foule insensée! — Oh! si j'avais des ailes, je m'envolerais.
Plutus. Déjà le cercle est élargi, et personne, je pense, n'est brûlé; la multitude cède, saisie d'épouvante. Cependant, comme gage de cet ordre, je trace un cercle invisible.
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Le iiéu.u r. Tu as accompli une œuvre magailique ; combien de grâces je rends à la sage puissance !
Pi.iTLS. Nous nesoniincspas au bout, noble ami ; de la palience ! maint tumulte menace encore.
L'av.vuice. On peut, pour peu qu'on s'en soucie, contemjder ce cercb; avec un certain plaisir, car toujours les femmes sont en avant lorsqu'il s'agit de regarder ou de grignoter. Quant à moi, j(^ ne suis pas encore si complètement rouillé; une belle femme est toujours belle ; et puisqu'aujourd'liui cela ne me coûte rien, nous voulons nous en donner h cœur joie. Mais comme dans un lien qui regorge de monde, toutes les paroles ne ])ortent ))as, je vais essayer avec prudence, et j'espère réussir, de m'exprimer clairement en ])anlomime; si la main, le jiied et les gestes ne me suffisent ])as , ma foi! je tente quelque espièglerie. J'en userai de l'or comme d'une argile bumide, car ce métal se convertit en toute cbose.
Le nÉRAiT. Qu'a donc cet imbécile dessécbé? Un pareil meurt-de-faim va-t-jl faire de l'esprit? Il réduit tout or en paie ; l'or devient mou entre ses mains. Comme il le pétrit, comme il le roule! et pourtant il garde toujours une forme ignoble. Le voilà qui se tourne vers les femmes ; elles poussent des cris, veulent s'enfuir, et se démènent d'une ignoble façon. Le drôle est mal accueilli. Je crains bien qu'il ne prenne plaisir à violer les convenances; dès lors, je ne puis rester muet. Donne-moi mon bàlon, que je le cbasse.
Pli'tl's. 11 ne pressent pas ce qui nous menace du debors; laisse-le mener sa fête de fou, il ne va point lui rester de place pour ses pasquinades. La loi est puissante ; plus puissante est la néeessilé.
Tl.milte etciiaint. La trduj)!» sauvage accourt des bauteurs de la montagne et des profondeurs du bois. Elle avance irrésistiblement : ils fêtent leur grand dieu Pan. Ils savent ce que nul ne sait, et se ruent dans le cercle vide.
Plutts. Je vous connais, vous et votre grand dieu Pan; vous avez fait ensemble de vaillants coups ! Je sais fort bien ce que tout le monde ne sait pas, et je vous ouvre de bon cœur ce cercle étroit. Qu'un beureux destin les accompagne! De curieux prodiges peuvent se passer; ils ignorent oii ils vont ; ils ne sont pas avisés.
Chant SAUVAGE. Peuple fardé, tas de |)ailleltes! ils viennent bruts, viennent brutaux, à bonds liardis, à course ardente ; les voici tous forts et vaillants.
Les faunes. La troupe des Faunes a la danse lascive, la couronne de cbêno dans les ebeveux crépus, une oreille fine et pointue qui perce à Iravers les boucles, un petit nez camard, un(> large face, tout cela ne nuiî i)as auprès des femmes. Quand le Faune lui l(>nd la patte, la plus belle ne fait pas la difficile.
UN SATYRE. Le Satyre bondit derrière les aulrcs, le Satyre au pied de
DE u XI i: ME PAirni:. ^ir;
l)onc, à lu j;iinl)C grèlo, il lui faul à lui des membres maigres et nerveux. A la maniL're des chamois, sur les hauteurs de la montagne, il se délecte à regarder de tous cotés, et puis, ravivé par l'air de la lii)crté, il raille l'enfant cl la femme et l'homme, qui là-has, dans les vapeurs cl la fumée du vallon, s'imaginent bonnement qu'ils vivent aussi, tandis qu'à lui, pur cl sans trouble, à lui seul appartient là-haut le monde entier.
Les (jnomks. Voici venir trotte-menu la troupe des Pygméesqui n'aiment pas à marcher deux à deux. Dans leur liabil de mousse, avec leurs petites lanternes, ils s'agitent les uns les autres, chacun pour soi, tous grouillant comme une fourmilière de vers luisants; cela remue incessamment d'ici, de là, occupé dans tous les zigzags.
Proches ])arenls des pieux trésors, bien connus comme chirurgiens du granit, nous saignons les hautes montagnes et puisons dans leurs \eines plantureuses. Nous amoncelons les métaux, partout accueillis que nous sommes avec des cris de bienvenue, car nous sommes les amis des hommes. Et cependant nous produisons l'or à la lumière, l'or pour les larrons et les entremetteurs, cl ne laissons pas manquer de (ér Thomme superbe qui inventa le meurtre en grand. Qui méprise les trois commandements, ne lient non plus guère compte des autres. Tout cela n'est pas de notre faute ; c'est pourquoi ayez comme nous patience.
Les géants. Les hommes sauvages, voilà leur nom ; sur le Harz, on les connaît bien. Nus, dans leur antique force, ils marchent ensemble en vrais géants. Un tronc de sapin dans la main droite, un grossier ceinturon autour du corps, un rude tablier de feuilles et de ramures, gardes comme le pape lui-même n'en a pas.