PO LY M AT HE
Vous êtes veuve , madame ? depuis deux ans , Ji votre âge!
LISETTE
Ah-! ne rappelons pqint cette idée. Je tâche à m'en distraire par des plaisirs innocents ; mais le souvenir d'un époux vient toujours à la traverse. Quoique je n'aie été que deux mois avec lui , qu'il fut vieux, goutteux et toujours malade... C'est quelque chose de bien tvrannique que le pouvoir de l'Hymen !
ÎOLTMATHZ.
Tant de charmes ne sont point faits pour être infructueusement admirés : il faut changer d'état, madame /il faut changer d'état au plus tôt...
LISETTE
Moi ! songer- à me remarier ? . . . Ah ! si vous saviez , monsieur , les inconvénients auxquels est ex-
posée une pune personne , quand elle a le malheur de perdre un époux !
POLTMATHE.
Vous pouvez le prévenir en donnant la main à un jeune homme,
LISETTE
A qui se fier , monsieur ? Les jeunes gens aujourd'hui sont si étourdis, si dissipés, si libertins, dit-on, en ce pays... Ah! je serois trop difficile dans le choix que je pourrois faire. Je voudrois unir les sentiments , la figure , la conduite , la politesse, l'esprit , le bon sens , à une science universelle. Voyez si cet assemblage est aisé ?
POLYM A.THE.
Il est des plus rares ? je connois pourtant un cavalier , dans l'été de ses jours , à qui ce portrait ne ressemble pas mal.
LISETTE
Ne me le nommez pas , monsieur : je le connois peut-être aussi bien que vous-même ; mais je lui cacherai ma foiblesse. Je l'aimerois trop pour l'associer à ma destinée. Seroit-ce avec soixante mille livres de rente que je pourrois faire son bonheur et celui des héritiers que je lui donnerais ? On me dira que j'attends d'autres successions. J'ai deux sœurs mariées, à la vérité, mais elles sont si vives, si vives.... Je suis la moins sémillante de la famille.