‹ Le favori, ou, La Cour de Catherine IIChapitre 13 sur 45 · SCENE XJ · texte numérisé non relu

SCENE XJ

POTEMRIN, LK PRINCE DE LIGNE, puis LOWINSRl,

PAULESRA, C0T7RTISANS, IMIMES, HOMMES ET FEMMES.

CATHERINE , à UTi liiussier.

Maintenant qu'on avertisse Pauleska, le comte Lowiuski et nos autres intimes qu'ils sont attendus en ce lieu. (L'huissier sort.) Loin d'ici les ennuis et les affaires! Plus d'impératrice, de princes et de distinctions ! ici le plus noble est le plus gai ! {^Lowinski , Catherine , Pauteska, Poteîukin , le prince de Ligne entrent en ce moment.')

Air: F'alse nouvelle de m. Hec/uet, ou Galopade du Gemilhomme de la Chambre.

Amis, accourez tous , C'est le plaisir qui nous iovile ;

Obéissons bien vite.

Il n'attend pas au reodez-vous.

Qu'on abjure, arec moi, Orgueil, titres, noblesse!

Point de fierté qui blesse!

Le plus aimable est roi !

Plus d'ennuyeux lien ; Livrons-nous au caprice !

Chantons!... L'impératrice Ce soir n'en saura rien.

TOUS

Amis, accourons tous, etc.

C ATHERINE.

A la voix du plaisir Mon ame est ranimée ; Au diable la Crimée , El Grand Turc et "Visir !

Un heureux jour a lui , Pour nous doit-il renaître ?

Demain n'est qu'un peut-être!...

Vivons bien aujourd'hui !

Tors.

Amis, accourons tous, etc.

{Elle ôte le voile qui couvrait les tableaux.) Voyez, je découvre moi-même ces réglemens de l'Ermitage écrits de ma main, et auxquels chacun de nous doit se foumcltre. Que tout ce qu'ils

ordonnt;nl soit présfnl ;'•. votre mémoire, et coiumencez , messieiii s, par exécuter le premier article : » On laissera son orgueil et ses dignités à la porte avec son épée et son chapeau, >. (Les huissiers viennent prendre les épées et les chapeaux.

LE PBINCE.

Nous reprendrons tout en sortant.

PACij;sKA , à part , regardant Lowinski. LevoJlà!

Ah! j'oubliais, ma chère Pauleska ! je te présente ton compatriote le comte Lowinski , et je te demande pour lui ton amitié. PACLESKA, d part.

Mon amitié !

Ouand je t'ai nommée devant lui, il s'est rappelé t'avoir vue souvent autrefois.

PACLESKA.

Quoi , monsieur s'est souvenu?...

LOWINSKI.

Qui vous admira peut-il ne pas se souvenir?

CATHERINE, à part.

Osera-t-il se déclarer ? Ah ! je veux enfin qu'il lise dans mon cœur.

poTEMKiN, à part.

Où en sont-ils?... Pauleska est sa confidente; par elle je peux tout savoir!... Oui, c'est cela.

LK PRINCE, à part.

Sr je ne m'abuse, voilA des amis intimes qui songent tous à se tromper. Observons.

Avant que nos jeux commencent , qu'il me soit permis de rappeler à toutes les personnes ici présentes, que je les attends demain dans mon palais de la Tauride; je lâcherai de lem- offrir quelques amusemens.

Nous y serons tous.

POTEMKIN, bas à Pauics/,a.

Vous serez la reine de cette fête.

PAULESKA , de même, Moi !

POTEMKIN , de même.

Oui, mais silence!

CATHEEiNE, à part.

Demain, au milieu du tumulte... heureuse idée!... mais jusque là je veux qu'il ignore... Il faut qu'une main étrangère... Ah! j'y suis.

L0W1NSK.1, rt part.

Être aimé de Catherine!... cela est-il bien possible?

Paiileska , approche.

PAlILr.SRA.

Que désirez-vous?

CATHERINE , d demi-voix.

Assieds-toi là, écris: (^Pauleska s' assied à droite et prend la plume.) «Demain, pendant la fête du prince, sous le bosquet <i du jardin d'hiver, à dix heures du soir. » Tu vas plier ce papier, et tu me le remettras dans un instant. (Elle va causer avec le prince de Ligne , Potemkm et Lowinski.) PAVLESKA , à demi-voix.

C'est pour lui!... Et le premier rendez-vous serait tracé de ma main!... non!... ah!... c'est bien : (EUe écrit.) «De «main, penda .t la fête du prince, sous le bosquet du jardin «d'hiver, à minuit! » Ce n'est pas elle qu'il y trouvera.

( Elle plie te papier. ) CATHERINE, revenant.

Eh bien?

Le voici !

PAULESKA.

CATHERINE, cacliant le papier.

Messieurs, notre aimable amie va nous charmer par un de ces chants qu'elle exécute avec tant de grâce.

PACLESKA.

Vous l'ordonnez?...

Ici, je n'ordonne pas, je prie.

PAtJLESKA.

Et moi, je cède. Ecoutez un chant national dont M. le comte se souviendra peut-être.

(Tout le monde s'assied t excepté Pauleska, le prince de Ligne it deux seigneurs qui s'appuient sur les fauteuils des dames de la cour; on est rangé dans l'ordre suivant: Pauleska, un groupe d' hommes et de femmes , Catherine , Lowinski, un autre groupe, Potemkin, le prince de Ligne. )

Air iioui'eou de M. Doche.

Belle patrie, Toujours chérie , L'ameaileodrie ^ oie vers loi! Hélas ! un roi A de ma foi Reçu l'hommage ;

Mais dans les cours Me suit toujours Ta douce image!...

Belle patrie , etc.

Ainsi, sur la rive étrangère , Chantait un guerrier Polonais ; Des cours , ivresse mensongère Aux vains plaisirs tu l'enchaînais !...

Mais un cri part de Varsovie...

Ce cri d'alarme est entendu !

Son pays demande sa vie ; Le sang du brave a répondu.

( Après le morceau tout le monde se lève, on écarte tes sièges , Lowinski reste un instant assis et plongé dans la rêverie. )

Ces chants vous ont ému, monsieur?

LOWiNSKi , se levant.

Je ne le cache pas, et Votre Majesté...

Ah ! vous êtes à l'amende ! ici , point de majesté ! pour vous punir , on va vous cacher les yeux,

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