KORSAKOFF, MICHEL
EORSAKOFF.
Qui va là?
MICHEL
Enfin, mon cousin , je te trouve !
KOfiSAKOFF.
Par saint Nicolas! c'est Michel!... Toi! dans le palais de l'impératrice!... Sais-tu bien que, pour une telle audace, je devrais te faire donner le knout ?
MICHEL
Donne-moi une poignée de main, en attendant.
KORSAKOFF
Et comment as-tu fait pour pénétrer jusqu'ici ?
MICHEL
Ah ! j'ai eu un peu de mal ; mais tu sais que je ne m'intimide pas facilement. Je m'étais dit : mon cousin Korsakoff est sergent dans les gardes à pied, il faut que je le voie; là-dessus, je; me présente au palais et je demande mon cousin Korsakoff : je m'étais adressé à des soldats, fort beaux hommes, ma foi !
KORSAKOFF
Qu'out-ils répondu ?
MICHEL
Ils inonl donné des coups de crosse. Bon, ai-je d'il à pari moi , il faut se retourner d'un autre côté! En effet, je lire adroitement vers la gauche, je rencontre des messieurs couverts de caftans galonnés, et je les prie de m'enseigner où je pourrai trouver mou cousin : Oh! ceux-là ont été bren plus polis!
KORSAKOFF
Ah!
MICHEL
Oui, ils ne m'ont donné qu'un coup de poing; tu vois que cela allait déjà mieux.
Air : Et voilà comme tout s' an-ange.
Tout cela ne m'arrête point ,
Et, loin de perdre patience,
De coups de crosse , en coups de poing ,
Ballotté , meutri , moi, j'avance.
Pour toutes ces misères-là
Il ne faut pas qu'on se courrouce;
Dans le palais, où me voilà,
On bénit, je le sais déjà,
Un coup de pied, quand il nous pousse.
K.ORSAKOFF.
Vraiment ?
MICHEL
El j'en ai reçu un qui m'a poussé jusqu'à une galerie où j'ai vu un grand bel homme qui se promenait de long en large; je lui ai adressé ma question...
KORSAKOFF
Eh bien !
Il m'a ri au nez et m'a tourné le dos! ça m'a encouragé ; je me suis risqué, j'ai toujours marché devant moi, et saint Nicolas m'a conduit puisque je te rencontre.
KORSAKOFF
Et que viens-tu faire ici, imbécile? Pourquoi as-tu quitté notre village?
MICHEL
Précisément parce que je ne suis pas imbécile , et que je veux faire mon chemin à la cour.
KORSAKOFF
Misérable!... tu es donc devenu fou?
MICHEL
Pas davantage. Est-ce que tu ne te souviens plus de ce que nous disait, il y a dix ans, la vieille Matouchka, qui lit dans l'avenir comme dans un livre ? « Un Korsakoff fera une grande fortune » , répétait-elle sans cesse, on nous regardant tous les
lieux. Jamais ces mots-là ne sont sortisse ma tête. Quand tu as été engagé dans les gardes, j'ai cru que ce Korsakotï-là ce serait toi; mais au bout de trois ans, tu n'es encore que sergent!... Alors j'ai réfléchi que je m'appelle aussi Korsakoff , que je snis bel homme, que j'ai uneloule de talens,car je danse la mazourquc de première force; j'accommode une soupe au sterlet mieux que personne; je peux défier un caporal prussien pour l'exercice; je sais lire et écrire; je suis entreprenant , rien ne me rebute; et pour ne pas faire mentir la sorcière, je me suis mis en route, et me voici!
K0BSAB.0FF.
Ah! tu sais faire l'exercice?... eh bien! demi-tour à gauche, en avant marche, et qu'on ne te revoie plus dans ce palais, si tu ne veux pas que ta peau nous serve de tambour.
Par saint Michel , mon patron ! je ne m'en irai pas comme ça.
KOBSAK.OFF.
Sais-tu bien que tu m'as déjà fait manquer à ma consigne? Heureusement on n'est pas encore levé au palais. Miséricorde!... le prince !... hors d'ici !... ah! il n'est plus temps.