‹ Le favori, ou, La Cour de Catherine IIChapitre 41 sur 45 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LOWINSKI, PAULESRA.

lOWlNSKI.

Quel langage!... Pauleska?. ..

PACLESKA.

Que vous dirai-je? Le prince s'est mépris sur nos sentimens : en voyant deux enfans de la Pologne se confier leurs craintes et leurs espérances pour leur malheureuse patrie, il a rêvé l'amour.

N'est-ce donc qu'un rêve?

PACLESKA.

Mais je lui sais gré de son erreur, puisqu'elle m'offre, en me lapprochant de vous, l'occasion de vous remercier de tout le bonheur que je vous dois!

LOWINSKI.

Du bonheur!

PAULESKA.

Oui, vos accens généreux m'ont donné la seule joie que j'aie ressentie depuis bien des années! Quand je vous ai vu rejeter loin de vous ces ornemens étrangers qui chargeaient votre noble poitrine, je me suis écriée au lond de mon cœur : puisqu'elle a de tels enl'ans, la Pologne ne périra pas!

LOWINSKI.

Qui aurait pu vous résister?

PADLESKA.

Je tremblais!... Entouré de plaisirs, poursuivant d'augustes suffrages, fier d'inspirer des sentimens de préférence...

LOWINSKI.

Oh! ne rappelez pas un temps que je veux oublier, et que je voudrais effacer de voire mémoire pour y retrouver le souvenir de ces beaux jours où j'étais digne de Pauleska.

PAULESKA.

Vous vous êtes souvenu de votre amie d'enfance , votre cœur a battu au nom de la patrie... Je suis heureuse.

LOWINSKI.

INkiis vous-inême, joyeuse au sein de cette cour, vous livrant aux accès d'une craîté folâtre...

PaVLESKA.

Celle gaîlé!... Si vous aviez su ce qu'elle cachait de Jésespoir?... Si vous aviez pu deviner combien il y avait de douleurs sous un sourire? .. ftlon père au lit de mort l'avait ordonné, il fallait feindre, c'était pour la patrie!... iMais comme je souffrais!... Et quand la renommée nous racontait vos combats et vos exploits, avec quelle amertume je me disais : c'est pour la Russie que son sang coule ! Pour la Russie!...

LOWINSKI.

Pauleska 1...

PAULESKA.

Et, depuis, quand je vous ai vu baiser cette main qui déchirait notre malheureux pays...

LOAVINSK.I.

Assez, de grâce, assez!... Oui , je fus coupable! mon esprit fut un moment égaré, mon imagination fut éblouie!... L'enivrement des plaisirs, la fascination de la grandeur, de cette grandeur que je croyais la vraie, tout jeta un voile sur mes yeux! J'ai pris la vanité pour l'amour, la puissance pour la gloire! Mais une parole de celle qui comprend si bien l'un et l'autre m'a tout à coup réveillé! La vérité s'est offerte à mes regards.

Air de madame Duchanipge.

A voire voix, j'ai reconnu la gloire ; A votre aspect , j'ai reconnu l'amour; Oui, Pauleska remporte la victoire , Et mon pays lui devra mon retour.

J'ai trop long-temps oublié l'un el l'autre ; De leur parJon je suis digne, el je vien A vos genoux vous demander le vôtre ; Dans les combats j'irai chercher le sien.

Je fus toujours votre amie.

LOWINSKI.

Quelle froideur!...

PAL'LESKA.

J'ai pu sans rougir tenter de rappeler au cœur de Lowinski l'honneur et la patrie, mais non des pensées d'amour qui flétriraient ma noble mission! Eh quoi! l'on pourrait dire : la fille de Boleslas est venue disputer un amant à Catherine !... Non!... j'ai rendu un défenseur à la Pologne!... ma tâche est terminée !

LOWINSKI.

Me suis-jc abusé? n'est-il plus temps? et Pauleska ne m'aime-t-eile plus?... Ah! pe dites pas cela!... en vous perdant, peut-être verrai-je encore s'évanouir mes projets et mes

ospérances de gloire?... Vous êtes tout pour moi! ma couscience, ma force, mon amel... ( // se jette à ses f^enoux. ) Chère Pauleska ! souviens-toi de nos jeunes années!... Tout ton bonheur était en moi !... comme alors je suis près de toi, à tes pieds !... comme alors je t'aime, je t'adore, et tout mon bonheur dépend de toi!..,

FAHLESKA.

Lowinski !...

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