MEMES DROITS
« Mais enfin, la femme est l'égale de l'homme, et elle a droit au même degré d'instruction ! »
C'est là ce que disait, non sans indignation, une de mes jeunes amies qui, remarquablement intelligente, et se jouant des complications de l'éducation moderne, se révoltait de l'entendre discuter.
L'égale de l'homme? Oh! sans doute! Ce n'est pas moi qui ravalerai mon sexe, et quant à ses droits, je suis prête à revendiquer tous ceux qui peuvent lui être utiles.
Dieu a certainem^ent créé le cerveau de la femme égal à celui de l'homme. Il l'a faite son aide, sa compagne, et non sa servante. Or, pour être une aide, il faut qu'elle le complète ; elle a donc avec lui une égalité de compensation plutôt qu'une parité absolue. Pas de différences entre leurs âmes, mais des diversités (ce qui ne veut pas dire de l'infériorité), dans l'exercice des organes qui desservent ces âmes.
D'ailleurs, la chute originelle est venue trou-
bler profondément l'ordre primitif. La femme, d'ailleurs dépendante dans le plan divin, n'est point devenue inférieure ; mais les conditions de l'existence nouvelle et déchue, et les particularités du châtiment de l'homme et de la femme ont modifié, non leur mission, mais leur genre de vie.
A l'homme il a été dit : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. » Cette parole contenait en germe toutes les peines du travail : effort, étude, fatigue, dépense d'énergie, soucis, angoisses de la responsabilité. A la femme ont été dévolus des travaux et des peines renfermés dans les limites du fo3'er : l'obéissance au mari, les préoccupations, les souffrances maternelles.
Dès lors, chacun a suivi sa voie, l'homme travaillant, la femme se dévouant et souffrant ; lui^ chef de famille, maître au fo3''er, elle, épouse et mère, — ces tâches comprenant encore des joies, avec cette bénédiction dont l'humanité, dit l'Eglise, n'a été privée ni par la chute, ni par le déluge, mais comprenant toutes les peines prononcées contre les prévaricateurs. La femme manquerait à sa mission et échapperait à sa part de châtiment en usurpant le rôle de l'homme et en délaissant sa propre tâche.
L'homme et la femme ont des faculte's qui dominent en des sens divers. Egaux en noblesse et en dignité, destinés à la même fin, ils ont juste autant d'harmonies et de dissemblances qu'il leur en faut, ainsi que nous le disions, pour s'aider et se compléter. Je ne vois pas pourquoi il en coûterait à la femme de reconnaître chez l'homme, dont les organes sont de bonne heure rompus au travail et à l'étude, une intelligence plus précise ou plus positive, et plus capable d'application, une logique plus serrée, même une faculté de compréhension plus puissante en certaines matières, alors qu'elle possède en compensation une pénétration plus vive, un sens plus fin, qui, non seulement suppléent chez elle au raisonnement, mais le devancent souvent, — une imagination plus développée, et une puissance d'aimer plus intense. Ce qui la fait différer ne tient pas à une infériorité, mais, je le répète, à l'application en des sens divers de facultés devant concourir à une mission différente.
C'est donc convenu, reconnu, ma chère petite amie; nous sommes les égales de ce sexe que
quelques-unes ont la trop grande modestie de jalouser. Vous en concluez que nous avons les mêmes droits. Ici, il faut s'entendre. Un être libre a toujours la faculté d'agir à sa guise, sous sa propre responsabilité ; mais un être raisonnable n'use de sa liberté que pour le bien qui lui est propre. Acquérir des connaissances qui, n'étant pas appropriées à notre mission, resteront stériles en nous, c'est user inutilement d'un droit que, dans un sens, personne ne songe à contester.
« La science des femmes comme celle des hommes, dit Fénelon, doit se borner à s'instruire par rapport à leurs fonctions. La différence de leurs emplois doit faire celle de leurs études. »
« L'éducation, écrit le docteur Rochard dans un livre qui a la double sanction de l'hygiéniste et du lettré ( i),a pour but de développer les facultés morales et physiques de l'enfant, de manière à le rendre propre à la mission qui lui incombera dans le cours de son existence. C'est la préparation à la vie.
« Elle doit, par conséquent, varier avec la situation sociale des individus, et cela s'applique également aux deux sexes. »
(i) L'Education des Filles.
Les femmes qui comprennent leur mission et qui, douées de sagesse, sentent l'obligation d'y appliquer leurs facultés, se garderont donc de dévier du but, et rapporteront tout ce qu'elles doivent acquérir à l'accomplissement de la tâche qu'elles ont reçue de Dieu même.
Ce qui a été le plus négligé, le plus oublié dans les méthodes nouvelles qui passionnent en des sens contraires toute notre génération, c'est justement, à mon avis, cette mission, cette tâche.
Quelle est-elle ? Sauf des exceptions très rares et surnaturellement hautes, c'est d'être épouse et mère, à moins qu'elle ne soit éducatrice ou sœur de charité, ce qui n'est qu'une maternité plus étendue.
Comme femme et mère, — ce qui est le lot de la très grande majorité, ce pour quoi, par conséquent, il faut former les jeunes filles, quelles sont les qualités qui lui sont indispensables?
Elle doit charmer, plaire, rendre le foyer agréable, en être l'âme.
Elle doit posséder le dévouement, l'abnégation, la bonté^ la force morale qui la rendront capable d'élever ses enfants, et de porter avec
ô LE FEMINISME DE TOUS LES TEMPS
son mari le fardeau souvent très lourd de l'existence.
Elever des enfants, rendre heureux un mari, exercer une influence salutaire autour d'elle, voilà ses devoirs.
Or, les droits et les devoirs doivent toujours avoir une intime corrélation. Il faudrait donc examiner à quels devoirs répondent les droits dont notre société prétend douer les femmes, et voir si. au lieu de faciliter ces devoirs, ils ne viennent pas plutôt les entraîner et les stériliser.
Il y a dans l'être humain trois grandes facultés susceptibles d'éducation : l'intelligence, la volonté, la sensibilité. Qu'en font les méthodes modernes? Dans quelle mesure l'emportent-elles sur les errements d'autrefois? En quoi dépassent-elles le but?
Nous ne saurions répéter que nous n'avons pas ici la prétention de faire un traité, pas même un livre, mais de causer entre mères, entre éducatrices, des questions qui nous tiennent si naturellement à cœur.