‹ Le festin de pierre: comédie en cinq actes, de MolièreChapitre 44 sur 69 · DON LOUIS · texte numérisé non relu

DON LOUIS

Ma présence vous choque , et je Vois que sans peine Vous pourriez vous passer d'un pÀr»qui vous gène. Tons deux , à dire vrai , par plus d'une raison , Noos nons incommodons d'une étrange façon ; Et y si TOUS êtes las d'ouïr mes remontrances ^ Je suis bien las aussi de vos extravagances.

Ah ! que d'aveuglement , quand , raisonnant en fous, Nous voulons que le del soit moins sage que nons ; Quand , sur ce qu'il connaît qni nous est nécessaire , Nos imprudens désirs ne le laissent pas faire , Et qu'à force de vœux nous tâchons d'obtenir Ce qui nons est donné souvent pour nous punir ! La naissante d'un fils fut ma plus forte envie ; Mes souhaits en faisaient tout le bien de ma vie ; Et ce fils que j'obtiens est fléau rigoureux De ces jours que par lui je croyais rendre heureux. De quel œil , dites-moi, pensez-vous que je voie Ces commerces honteux qui seuls font votre joie ; Ce scandaleux amas de viles actions , Qu'entassent chaque jour vos folles passions ; Ce long enchaînement de méchantes afiàires, Oii du prince pour vous les grâces nécessaires Ont épuisé déjà tout ce qu'auprès de lui Mes services pouvaient- m'avoir acquis d'appui ? Ah ! fils , indigne fils , quelle est votre bassesse D'avoir de vos aïeux démenti la noblesse ; D'avoir osé ternir , par tant d.; lâchetés , Le glorieux éclat du sang dont vous sortez , De ce sang que l'histoire en mille endroits renooune ! Et qu'avez- von s donc fait pour être gentilhomme ? Si ce titre ne peut vous être contesté ,

Pen»ez-\ous avoir droit d'en tirer vanité ,

Et qu'il ait rien en vous qui puisse être estimable ,

Quand vos déréglemens l'y rendent méprisable ?

Non , non , de vos aïeux ou a beau faire oas :

La naissance n'est rien où la vertu n'est pas.

Aussi ne pouvons-nous avoir part à leur gloire ,

Qu'autant que nous faisons bpnneor ik leur mémoire'

L'éclat que leur conduite a répandu sur noos

Des mêmes sentinicns nous doit rendre jaloux ;

C'est un engagement dont rien ne nous dispense

De marcher sur les pas qu'a tracés leur prudence ,

D'être à les imiter attachés , prompts , ardens ,

Si nons voulons ^ asser pour leurs vrais descendant.

Ainsi , de ces héros , que nos histoires louent ,

Vous descendez en vain , lorsqu'ils vous désavouent ,

Et que ce qu'ils ont fait et d'illustre et de grand

N'a pu de votre cœur leur être un sâr garant.

Loin d'être de leur sang, loin que l'on vous eu compte.

L'éclat n'en rejaillit sur vous qu'a votre Iionte ;

Et c'est comme un flambeau qui, devant vou» porté ,

Fait de vos actions mieux voir l'indignité.

Enfm , si la noblesse est un précieux titre ,

Sachez que la vertu doit en être l'arbitre ;

Qu'il n'est point de grands noms q ui sans elle obscurcis. . .

DON JUAN

Monuenr, vous seriez mieux , si vous parliez assis.

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