‹ Le festin de pierre: comédie en cinq actes, de MolièreChapitre 53 sur 69 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

ELVIRE, DON JUAN, SGANARELLE

DOH JDAK.

Quoi! vonseDcor,nudame!En deux motsu'il vousplaiiî J'ai hâte.

KLVIBB.

Dan» lennai dont mon àme est^tteinte.

Vous craignez ma douleur ; mais perdez cette crainte. Je ne viens |>«s ici, pleine de ce courromc Que je n'ai que trop fcit éclater devant vous. Par un premier h jmen une antre vou» possède ; On m'a tout ^ainei: c'est «« oMltans remède ;

Et je me ferais tort de vouloir disputer Ce que contre les lois je ne puis emporter.

J'ai sans doute à rougir, malgré mon innocence , U'avoir cru mon amour avec tant d'imprudence , Qu'en vous donnant la main j'ai reçu votre foi , -Sans voir si vous étiez en pouvoir d'être à moi. Ce dessein avait beau me sembler téméraire , Je cherchais le secret par la crainte d'un frère ; Et le tendre penchant qui me fit tout oser , Sur vos sermens trompeurs servit à m abuser.

Le crime est pour vous seul, puisqn'enfii^éclaircie Je songe ii satisfaire à ma gloire noircie , Et qae j ne vous pouvant conserver pour époux, J'éteins la folle ardeur qui m'attachait à vous. Non qu'un juste remords l'étoufie dans mon âme Jnsques à n'y laisser aucun reste de flamme : Mais ce reste n'est plus qu'un amour épuré ; C'est un fen dont pour vous mon coeur est éclairé , Un.fieu purgé de. tout , une sainte tendresse , Qu'au commerce des sens nul désir n'intéresse , Qui n'agit que pour vous.

8GANAABLLB.

Ahl

Tu pleures , je croi ; Ton coeur est atteudri ?

SGAllAaKLLC.

Monsieur, pMrdonnez-moi.

BLVIRB.

C'est ce parfait amonr qui m'engage k vous dire Ce qu'aujourd'hui le ciel pour votre bien m'inspire , Le ciel dont la bonté cherche à vous secourir. Prêt à choir dans l'abime oii je vous vois courir. Oui , don Juan , je sais par quel amas de crimes Vos peines , qu'il résont, lai semblent légitimes; Et je viens de sa part vous dire que, ponr vous,

«ACTE IV , SCENE Xn. 91

Sa clémence. a £ait place à son juste coarroux; Que, l»^ de .vont entendre, il tient la fondre prête Qui , dépuis si long temps, menace votre tête ; Qu'il ést'encore en vous, par un prompt repentir , De trouver les moyens de vous en garantir ; ■Et ^ue , pour éviter un malheur si funeste , Ce jour , ce jour peut-être est le seul qui vous reste.

SCAN A BELLE.

Monsieur !

BLVIBB.

Pour moi , qui sors de mon aveuglement , Je n'ai plus snr la terre aucun attachement : Ma retraite est conclue ; et c'est là que sans cesse Mes larmes tâcheront d«ffàcer ma faiblesse.

Heureuse si je puis , par son austérité , Obtenir le pardon de ma crédulité !

Mais dans cette retraite , ou l'on meurt à soi-même , J'aurais , je vous l'avoue , une douleur extrême Qu'un hoihm^à qui j'ai cru pouvoir innocemment De me» plus tendres vœux donner l'empressement. Devint j par un revers auli méchans redoutable , Des vepgeano^s du ciel l'exemple épouvantable.

SGAIfABBLLB.

Monsieur , encore nUf coup. . .

^ BLVIBB.

De grâce , accoitlex-moi Ce que doit mériter l'état on je me voi.

Votre salut fait seul mes plus fortes alarmes : Ne le refusez point k mes vœux , k mes larmes ; Et, si votre intérêt ne vous saurait toucher , Au crime , en ma faveur , daignez vous arracher , Et m'épargner l'ennui d'avoir jpour vous k craindre Le courroux que jamais le ciel ne laisse éteindre.

SGANABBLLB.

La pauvre femme !

Enfin , si le faux nom d'épom M'a fait tont oublier pour vivre toot k vomi; Si je vous ai fait voir la plui forte tendreue Qui i^maif d'un cœur noble ait été la maîtresse ; Tout le prix que j'en veux , c'est de vous voir songer An bonheur que pour vous je tâche k ménager.

SGAirABELLS.

Cœur de tigre !

v^ BLYIBB.

Vojei; que tout est périssable ; Examinez la peine infaJlible an ccupable; Kt de votre «alut faites- vous u v loi , ^' Qg pour l'amour de vous , eu pour l'amoar d« m«î. ' C'est à ce but qu'il faut que tous vos désirs tendbnt, . Kt ce que de nouveau mes larmes vous demandsat , Si ces larmes sont peu , j'ose vous en presser Par tout ce qui jamais vous put intéresser.

Après cette prière , adieu , je me retire.

Songez à vous : c'est tout ce que j'avais k dire.

^ DOlf ^AN.

■J'ai fort prêté l'oreille k te pieux discours, Madame ; avecque méi demeures quelques jours : Peut-élre , en me parlant , vous me toucheres l'âme.

SLVIBB.

Demeurer avec vous , n'étant point votre femme ! Je vous ai découvert de grandes vérités»

Don Juan ; craignes tont , si vous n'eu profites.

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