SCENE NEUVIEME
LUCIENNE.—PIED-LEGER.—PUIS GAETANE, À la fenêtre.
(Le rayon de lune disparaît ; la scène devient noire. L'orchestre se suspend. Lucienne pousse un cri effroya-
able. Le rayon de lune reparaît et Pied-Léger est debout près de Lucienne.)
LUCIENNE :— Ah ! Mon Dieu!
FIED-LEGER :—(stoïque.)
Que ma soeur se rassure. Pied-Léger a entendu la fille au visage pâle pleurer comme un jeune faon qui a perdu sa mère et Pied-Léger est venu lui
i demander qui, sur son visage, a mis les larmes comme un ruisseau.
(Lucienne se lève et recule en tremblant.)
PIED-LEGER :—(continuant, même jeu.)
La fille de l'aube tremble comme un ‘“taioussetaiousse” qu’on tient captif dans sa main.
LUCIENNE :— Que veut mon frère ?
PIED-LEGER
Le sauvage veut la paix.
k LUCIENNE :—
Pourquoi le sauvaze vient-il comme un corbeau de nuit ?
PIED-LEGER
miens
Au pays de Pied-Léger, la forêt est dépeuplée. Le gibier est allé du côté du soleil. Le poisson a descendu les rivières, Le sorcier de la tribu a consulté le manitou; le ter gr a dit: “La saison de la chassc se ie äe visage pâie est pr ise pendant la pleine lune et gardée dans sa tente en face de son “totem”. Le grand Chef, Bisson-Borgne,
échangera “squaw’” aux yeux noirs avec “squaw’ aux cheveux blonds ; et rien de mal sera fait au { Fétiche sous Ja protection du Manitou.
| 1. LUCIENNE :—(reculant encore.)
Ah! (à part.) Et je suis seule....mon Dieu!
PIED-LEGER
Depuis déjà deux couchers de soieil, les guerriers très braves sont sur le sentier, et “squaw’”’ blanche n'a p£s encore été trouvée. Pied-Léger a été désigné par l'Esprit. Si demain au premier chant du roitelet, Pied-Léger ne ramène pas le Fétiche au campement, Pied-Léger mourra attaché au poteau du supplice et son scalpe blanchira sur l'autel du 1# Manitou.
(La fenêtre s'illumine et Gaétane paraît dans l’enca- | drement. Gaétane dans la fenêtre cueillant des fleurs ] chant” une vieille mélopée.)
GAETANE :—
! C'était deux soeurs jumelles, Lon, lon la, Deux soeurs et deux jumelles Aimant le même gars.
Lon laire, lon la.
Le gars aimait la belle, Lon, lon la, Aimait bien la plus belle, ñh Et l’autre n’aimait pas.
Lon laire, ion la.
200 ones vom apene at QUE NT À
Jalouse, l'autre appeile Lon, lon la,
La jalouse elle appelle
La mort qui ne vient pas Lon laire, lon la.
Passe un Indien rebelle Lon, lon la.
Un Peau-Rouge rebelle
Qui voulait une “squaw’.
Lon laire, lon la.
La jalouse cruelle Lon, lon la,
Jalouse la cruelle
Sa soeur prit, la livra Lon laïire, lon
Dans sa frêle nacelle, Lon, ion la.
Frêle dans sa nacelle Peau-Rouge l'emporta.
Lon laire, lon la.
aw’
iers iche Lési- du
au eau
du
1ca- 2urs
redevient noire. Pendant la Chanson, Lucienne comme
hypnotisé, s’est rapprochée de Pied-Léger et l'a saisi par la main. Elle écoute.)
PIED-LEGER
Que dit femme pâle à la
voix plus douce que le chant du rossignol ?
LUCIENNE :— Guerrier, tu vois cette fille.
PIED-LEGER :— Oui.
LUCIENNE :— Je te la donnerai.
PIED-LEGER :— Pied-Léger accepte.
LUCIENNE
Cette nuit, par la petite porte dérobée, que frère rouge soit là et je lui donnerai “squaw’’ blanche.
PIED-LEGER
Pied-Léger sera là, mais si
ment, c'est elle qu'il prendra....
(Pied-Léger sort par la petite porte.
dans l'habitation. La scène s’éclaire.)
la femme française
Lucienne entre