SCÈNE III
Les Mêmes, FORTUNIEN.
FOKTUNIËN, entrant trè$>gaiement de la gauche, dei billets de banque à la main.
Messieurs, je vous présente un favori de la fortune... (iiva
à la cheminée, câlé du fond.) Oh ! Si VOUS lOS avieZ VUS ! Ils étaient
furieux là dedans. Je les ai tous ruinés. — Tous et toutes!
d’avenay.
Comment 1 ces dames aussi ?
FORTUNIEN.
Parfaitement. — Je lésai mises sur la paille. Mais ce n'est pas tout encore : j’ai fait bien pis que cela.
Il tire des bijoux de scs poches.
DE MÉRIEL, riant.
Quelle est cette bimbeloterie?
FORTUNIEN, mettant les objets sur la table à droite.
Ce sont les bijoux de nos charmantes amies. — Leurs bijoux qu’elles ont pardieu bien perdus, en voulant essaver de rat- ' traper.leur argent. — «Tiens, de Mériel, reconnais-tu ce médaillon garni de diamants ?
Digilized by Coogle
DE MÉRIEL.
Ma foi ! non.
FORTUNIEN.
Ingrat! — c'est lui qui l’a donné! — Ces bracelets-là ornaient les bras d’albAtre de la piquante Marguerite. — Ah! cette chaîne lui appartenait aussi. Voici la montre de notre gentille écuyére. — Demain elle manquera sa répétition, j’en suis sûr. — Quant au reste, c’est la parure complète de la belle Lucrèce. — Ah! elle surtout était indignée. — J’ai voulu lui jouer son manchon, — elle m’a jeté les cartes à la figure et elle est partie en m’appelant Schylock.
Que diable vas-tu faire de cela ?
FO-RTUNIEN.
Oh ! j’ai mon idée... (Preiunt un coirret qui se trouve sur le meuble au fond à
gauche. ) Te sers-tu de ce petit meuble ?
D'A VENAV.
Non !
FORTUNIEN, le regardant.
Un TahanlVest juste mon affaire, (n pose le coiiret sur la tawe, et
mel l'argent et les bijoux dans le coffret. — Écrivant un mot sur une carie qu'il place
ensuite avee les bijoui) : A madame Luci’èce, avec prière de restituer à qui de droit. Je la connais : elle gardera tout. — Sonne donc! — Et quand les victimes apprendront ses malversations, ce seront des dissensions intestines à n’en plus finir ; et qui sait ? elles s’égorgeront peut-èire !
D’A»enay et de Mériel rient. — Jean parait.
FORTUNIEN.
Ce coffret à son adresse, (ii donne un mot d'ccril nu valet, qui sort par le fond.) Ah ! par exemple, si vous voulez voir quelque chose de réjouissant, vous n’avez qu’à venir avec moi tout à l’heure avenue de Longehamps.
Il s'assied sur le fauteuil pri:s de la table.
DE MÉRIEL.
Qu’y a-t-il là?
FOHTCNIEN.
l’n steeple-chasc entre mesdames Marguerite et Juliette. Une idée à moi. J’ai fondé pour aujourd’hui un prix de trois mille francs.
DE HÉBIEL. i
Juliette est excellente écuyère ; elle gagnera.
FORTÜNIEN.
J’en doute, car c’est moi qui fournis les chevaux.
DE MÉRIEL.
Eh bien ! qu’est-ce que cela fait ?
FORTCNIEN.
Cela fait que Juliette montera Lady Bom, une charmante petite bête que j’ai dressée de telle sorte, qu’elle ne fait jamais que le pas de danse : quatorze lieues en quinze jours. — Vous voyez la course d’ici.
d’aven AY.
Grand enfant! Tu ne changeras donc jamais?
FORTCNIEN, se leTanl.
Jamais, jamais. — Taquiner, c’est mon seul plaisir. — Ainsi, quand une femme semble me voir d’un œil assez bienveillant, je la fuis. — Quand une femme me fuit, je cours après elle. Si je m’aperçois que décidément je lui suis antipathique, oh ! alors, je ne la quitte plus : elle me retrouve partout, aux bals, aux promenades, aux spectacles ; je l’accable de lettres, de bouquets, de cadeaux ; je joue de la guitare sous son balcon. — Pour se débarrasser de moi, il est de toute nécessité qu’elle m’aime, qu’elle s’expatrie, ou qu’elle me fasse assassiner.
DE UKRIEL^ riant.
Mais sais-tu, qu’en effet, cela pourrait te jouer un mauvais tour un de ces malins.
FORTCNIEN.
Parbleu ! je m’y attends liien. Et d’ailleurs, cela ni’en a joué déjà bon nombre. — D’abord, cela m’a coûté un héritage considérable : celui d'une vieille tante bossue qui m’a