SCENE XI LE COLONEL, LUCIEN
LE COLONEL
Je ne devrais pas te le dire, Lucien... je suis inquiet... jusqu'à ce hurlement de Dick et cette sotte réflexion de Schiiiitt qui me troublent... je me suis connu autrefois plus vaillant... ma raison vieillie ne commande plus à mes nerfs.
LUCIEN
Ne pensez plus à tout cela, mon père, mais à la gloire nouvelle dont Henri vient de couvrir notre nom. Ah! je n'en suis pas jaloux mais certes c'est lui qui a choisi la meilleure part. La renommée portera son nom aux quatre coins de l'univers, tandis que moi je vivrai inconnu et inutile derrière le comptoir d'une boutique.
LE COLONEL
Comme tu parles avec amertume ! Dans toutes les situations on peut si l'on veut n'être ni inconnu ni
inutile et je pourrai to citer des industriels dont le nom est universellement honoré ; mais pour en arriver là il faut prendre goîil à son métier et travailler, ce que tu ne fais guère. Arnould est très mécontent de toi.
LUCIEN
A quoi bon le nier ? C'est plus fort que moi, jamais je ne serai tel que vous le désirez... être enfermé dans un bureau devant des chiffres est pour moi le pire supplice. Mon bon père, si vous ne voulez pas que je sois malheureux, laissez-moi m'engager, laissez-moi suivre les traces de mon aîné pour que j'aille planer invulnérable au-dessus des ennemis et que je leur fasse payer en une heure les quarante deux années d'esclavage de nos frères lorrains. Je vous en supplie ne dites pas non, vous n'avez plus de prétexte, car maintenant je suis un homme ; nous sommes d'une race de soldats et ce serait pour moi une déchéance de ne pas l'être.
LE COLONEL
C'est vrai, il y a toujours eu l'un des nôtres à l'ombre du drapeau et si ton frère n'était pas à l'armée je te dirai : « Lucien ta place est là », mais Henri représente noblement notre famille et cela suffit. Ne sois pas égoïste, songe à ton vieux père qui a donné
à la patrie deux de ses enfants, (a Lucien qui veut parier.)
N'insiste pas... c'est inutile...
LE FEU SACUÉ 27