SCÈNE IV FALSCH, LE COLOx\EL, LUCIEN
FALSGH.
Comme je m'arrêtais ici entre deux trains, mon colonel, je me suis chargé volontiers de vous apporter les amitiés de vos cousins Damville de Metz.
LE COLONEL
Vous les connaissez, Monsieur?..,
FALSGH.
Johann Falsch.
LE COLONEL, surpris de ce prénom.
Vous voulez dire Jean Falsch... êtes- vous pareut
de Frédéric Falsch qui possédait une filature auprès de la maison de mes parents, dans un faubourg do Strasbourg, non loin de la porte Kehl?
FALSCH, gêné.
C'était mon père...
LE COLONEL
Je le comptais au nombre de mes bons amis, le malheur des temps nous a séparés... considérez-vous donc ici comme chez vous.
FALSCH.
Je vous en remercie, mon colonel, j'avais à vous apporter le salut de vos cousins, c'est chose faite, ma mission est terminée, il est indispensable que je prenne le train dans une demi-heure.
LE GOLONKL.
Vous n'allez pas partir ainsi sans me donner des nouvelles des Damville.
FALSCH.
Ils vont tous bien, père, mère et enfants... leur commerce prospère et ils suivent avec fierté les prouesses du capitaine aviateur votre fils... A propos est-il vrai que M. Henri a fait faire à l'aviation un pas de géant? On parle d'un aéroplane silencieux et pouvant voler dans l'obscurité?
LE COLONEL, méfiant.
Ce sont les journaux allemands qui doivent raconter cela, quant à moi je ne saurais vous répondre.
FALSCH.
Y a-t-il longtemps que vous avez reçu des nouvel-
les (le Monsieur votre fils?... (Le colonal ne répond pas.)
]*anJûniiez-nioi ces questions, j'ai cru pouvoir [ne les [lernieltre, car les Daniville sont très curieux de tout ce qui vous touche.
LE COLONEL
Les braves gensl... Nous sommes entre nous... répondez-moi franchement... que pense-t-ou de la France là-bas?...
FALSGH.
Devrais-je vous dire une chose si triste?... Nous nous habituons à la domination étrangère... d'ailleurs la France nous oublie...
LUCIEN
Oh ! Ce n'est pas vrai.
FALSGH.
C'est d'ailleurs indéniable... les populations des deux rives du Rhin ont même langue, même mœurs, rien ne les sépare...
LK GOLONKL, hors de lui
Vous oubliez, Monsieur, le large fleuve de sang qui a coulé à Mars-la-Tour, à Saint- Privât, à Reichshoffen et qui a rougi tant d'autres champs de bataille, je suis désolé d'avoir à vous le rappeler.
FALSGH.
Vous vous êtes mépris sur mes sentiments, mon colonel... mais l'heure s'avance et je n'ai que le temps de gagner la gare.
LE GOLONEL.
Remerciez pour nous les Damville de leur souvenir et dites-leur, je vous prie que je vais leur écrire.
Saluts.