G£N£V1£VE
Louis !
LOUIS
Oh ! rassurez-moi. J*ai peur.
GENEVIÈVE
De quoi?
LOUIS
De mon bonh/eur. Je suis trop heureux. Ce v^ve qui
emplissait mes jours qui troublait mes nuits, je le touche, je le tiens l xMon nom va être le vôtre I Vous l'acceptez I vous vous en contentez 1 Ah! pourquoi ne Tai-je pas illustré! pourquoi suis-jc un pauvre garron obscur et insignifiant, quand vous mériteriez toutes les gloires 1 Je me sens indigne de vous, et je m'inquiète. Il me semble que ce n'est pas vrai, que ce n'est pas possible, (jue je vais me réveiller, que vous allez dire non. Vous direz oui, n'est-ce pas?
GENEVIÈVE
Gheramil
LOUIS
Rassurez-moi. Je vous jure que j'en ai besoin. C'est bien vrai, dites, que vous me prenez pour mari?
GENEVIÈVE
Oui, oui, oui, otti, ouil Y en a-t-il assez de oui?
LOUIS,* souriant.
Gardez-en uû pour tout à l'heure.
GENEVIÈVE
Votre nom, j'en suis fière, il sera célèbre. Oui, j*en
réponds, je vous ai entendu. N*étais-je pas là le jour où vous avez sauvé cette pauvre vieille femme accusée d'un meurtre qu'elle n'avait pas commis? Tout était contre elle. Elle-même, accablée par révidence, se défendait mal. Vous vous êtes levé. Dès vos premiers mots j'ai été soulagée. A mesure que vous parliez, l'innocence de Taccusée apparaissait. Je n*osais pas vous regarder toujours; de temps en temps, je la regardais, elle, et je voyais sur son visage lié tri le reûet de vos paroles; son front s'éclairait; elle relevait la tête; vous la ressuscitiez 1 C'est beau, Téloquencet L'acquittement était déjà dans toutes les consciences, le regard de la pauvre femme vous bénissait, la foule n'a pu se retenir et vous a applaudi. Alors le président a menacé de faire sortir tout le monde. C'eût été bien injuste, surtout pour moi, car je n'avais pas applaudi, puisque je pleurais. Louis, je vous admire. Oh 1 je suis ta femme, val
LOUIS
Je n'aurai pas assez de toujours poui' t'aimer!
GENEVIÈVE
£h bien, vous ai-je rassuré?
Merci.
âCT£ deuxième. 64 G£i\£VIËVË.
Eq revanche, vous allez me promettre une chose. iNon, deux choses.
LOUIS
Dix mille.
GENEVIÈVE
Non, deux. La première est que, dès demain, vous irez à vos affaires, à vos amis. Dès demain, entendez-vous. Je
veux que vous soyez dès le commencement ce que vous serez plus tard, parce que, si vous interrompiez vos habitudes les premiers temps, le jour où vous les reprendriez, je croirais que vous ne m'aimez plus.
LOUIS
Vous, ma femme! .
GEiNEVlEV£.
Oh ! mads il faut m'écouter. Ma seconde exigence, — ^ je vais vous faire rire, — c'est que vous appreniez à danser.
Louis.
11 est de fait que je ne doi^; pas ditnser très-bien.
GENEVIÈVE
Vous ne dansez pas du tout! Mais ce n'est pas pour cela que je déshre que vous appreniez.
LOUIS
Pourquoi est-ce donc?
GENEVIÈVE
Savez-vous à quoi je vous ai remarqué la première fois? A votre manière de danser. C'était il y a un an, au
bal de ranibasàade turque. Vous étiez venu m'inviter. Ce n'était pas là le diûicile.
LOUIS
Ob! si» c'était là le difficile.
GEiNE VIÈ V£.
Alors l'impossible était la contredanse.
LOUIS
C'était mon début. Mais je n'avais pu résister au désir de vous parier et de vous touclier la main.
GENEVIÈVE
Vous mêliez toutes les figures. Nos vis-à-vis cbucbo-
taient un peu. Mais moi, je me disaLs qu'évidemment vous ne dansiez pas pour la danse. Je n'ai pu in'empécbe.r de faire attention à vous; je vous ai écouté autrement que les autres, vous parliez autrement aussi, et... Voilà pourquoi je vous demande de prendre des leçons. Je serais jalouse si vous dansiez mal avec une autre.
LOUIS
• Parle-moi encore. Quand tu me parles, il me semble que le malheur n'existe pas.
GENEVIEVE
Vous êtes encore inquiet? Mon histoire de danse ne
vous fait pas rire? Je. ne vous la disais cependant que pour cela; car moi-même, au fond, je suis un peu émue. C'est plutôt moi qui aurais besoin d'être rassurée. Pas contre vous. Contre quoi? je l'ignore; j'ai un vague tremblement de joie et de terreur.' Je suis très-heureuse, et pour un rien je pleurerais. Ce n'est t^ans doute que l'impression du changement de mon existence. Mais vous, je vais vous