ARM A M
D'abord, puisque vous ne m'offrez pas cette chaise, je l'accepte, (n s'assied.) Ensuite, prêtez -moi quatre mille francs. Je ne sais pas ce que j'ai fait au baccarat, mais il a cessé décidément d'être gentil avec moi. Il m'a encore taquiné toute la nuit. Le fâcheux est qu'il ne s'est pas contenté de me faire perdre tout ce que je possédais. Mauvergnat, combien ça vaut- il ce matin, quatre mille francs? — Silence dans les rangs? Diable ! ce sera cher. — Dites donc, j'ai un gage. Un oncle, riche, octogénaire, célibataire, sans enfants, sans gouvernante, sans autre neveu que moi, sans nièce, à moi tout seul, avare. C'est le dernier. Après lui, je n'aurai plus personne à vous donner.
J'ai bien d'autres oncles par-ci, par-là, mais je ne les compte pas, parce qu'ils ont des enfants. Je n'appelle parents que ceux dont j'hérite. La seule excuse de mes faux parents est de ne pas me rogner l'héritage de mon oncle pour de bon : il est, lui, du côté de mon père, et tout le reste est maternel. Il est donc excellent. Vous vat-il? Non? Vous ne voulez pas de mon dernier oncle? Avarice garantie ! Quelle vertu rédhibitoire lui trouvezvous donc?
MA.UVERGNAT, se retournant.
Et l'héritage de votre tante de Lyon, quand le touchez-vous?
ARMAND, à part.
Aïe !
MAUVERGNAT.
Ah! vous venez m'emprunter! Oui, comme la nouvelle est de ce matin, vous croyez que je ne la sais pas encore. Je la savais avant vous! Et vous me proposez votre oncle ! Votre tante aussi était une vraie tante, riche, nonagénaire! célibataire...
ARMAND
Sans enfants.
MAUVERGNAT.
J'avais l'imbécillité de m'intéresser à sa maladie. Elle est morte. Elle vous avait déshérité !
ARMAND
Vous êtes cruel, Mauvergnat, de me rappeler une mort qui a été pour moi une vraie perte.