SCÈNE III
MAUYERGNAT, LE COLONEL.
MAUVE RGN AT.
Monsieur le colonel Torelly?
LE COLONEL
C'est moi.
MAin ERGNAT.
Monsieur le colonel, je ne vous suis pas envoyé par monsieur Berteau, mais je vous avoue que c'est un peu son intérêt qui m'amène. J'ai vu son affliction, et je voudrais, si je pouvais, mettre fin à une situation déplorable qui, j'en ai le pressentiment, ne résulte que d'un malentendu.
LE COLONEL
Parlez.
M AUVERGNAT
J'ignore pourquoi monsieur Berteau a cru devoir re-
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noncer à une jeune fille qu'il aimait tant, et j'ai lieu de penser que vous l'ignorez comme moi. Mais le peu que je sais pourra peut-être vous aider à le découvrir.
LE COLONEL
Que savez-vous?
MAUVERGXAT.
Oh! presque rien. Le hasard a fait que j'étais ici ce matin quand monsieur Berteau a provoqué monsieur de Bray.
LE COLONEL
Quand monsieur Berteau a provoqué... Que dites-vous donc?
MAUVERGNAT.
Voici, en propres termes, comment les choses se sont passées. J'étais dans ce salon avec monsieur Berteau. Monsieur de Bray est entré par cette porte, tranquillement, comme nous entrerions, vous ou moi. Monsieur Berteau lui a dit: Vous êtes un lâche! ^Monsieur de Bray a été tout surpris. Imaginez-vous que vous entrez dans un salon et qu'on vous insulte; il s'est fâché, naturellement, vous comprenez ça, vous, et ils ont fait leurs conditions.
LE COLONEL
Pourquoi monsieur Berteau aurait-il insulté monsieur de Bray?
MAUVERGNAT.
C'est ce que j'ignore.
LE COLONEL
Vous étiez ici ce matin. Qui êtes-vous?
MAL VERGXAÏ.
Un simple marchand. Mauvergnat, rue Mouffetard. S'il vous faut jamais des...
LE COLONEL
Et que faisiez-vous chez moi?
MAUVERGNAT.
J'étais venu traiter une petite affaire avec monsieur Berteau.
LE COLONEL
Le jour de son mariage! au moment de la mairie! Et il vous avait reçu ! . . . — Et ce soir, quelle affaire venezvous traiter?
MAUVERGNAT.
Oh! monsieur le colonel!
LE COLONEL
Vous ne vous êtes pas dérangé uniquement pour me dire, dans l'intérêt de monsieur Berteau, que monsieur Berteau a été le provocateur.
MAUVERGNAT.
Quelquefois un petit fait en trahit un grand.
LE COLONEL
Vous en savez plus que vous n'en dites.
MAUVERGNAT.
Non.
LE COLONEL
Vous dites mal ce non-là.
Et si je vous en donnais ma parole d'honneur?