ACTE PREMIER
défier chez moi? Ul s'assied et fait semblant d'être occupé à des papiers.)
ARM AND, ;l Geneviève.
Je devrais vous en vouloir.
GENEVIÈVE
De quoi ?
ARMAND
Quand ce ne serait que de me condamner à une prolongation de l'existence qui me mène !
GENEVIKVE.
Quelle existence?
ARMAND
Une existence qui semble agréable aux passants. En hiver Paris, en été les eaux, l'après-midi les courses ou le bois, le soir le ballet nouveau, la nuit les soupers et le jeu...
Mais cela vous fait beaucoup de raisons d'être heureux.
ARMAND
On n'est pas heureux pour beaucoup de raisons, on ne l'est que pour une. Quand on peut mettre tant de choses dans sa vie, c*est qu'elle est vide. La mienne l'est terriblement. Et ce n'est pas ce que je mets dedans qui la remplira. J'en connais des journées qui sonnent creux! Tout s'en va de chez moi; l'argent, ce n'est rien; mais tout, l'activité, l'ambition d'être quelqu'un, la valeur morale. Vous voyez, je n'ai plus même de rancune. Un autre à ma place serait furieux, souhaiterait que votre mariage ne se
fît pas, reiiipècherait. Moi, je vous tends la main. Je ne suis même plus méchant.
GENEVIÈVE
Ne pas être méchant, c'est être bon.
ARMAND
C'est ne pas être. Je m'estimerais davantage si j'avais quelque bonne haine. Mais je suis si bas que je vous verrais malheureuse sans m'en réjouir.
GENEVIÈVE, riant.
Ne vous relevez pas.
MAUVERGNAT, la couvant des yeux. A part.
11 me semble que j'entends sonner sa dot dans son rire.
GENEVIÈVE
Puisque vous n'êtes pas furieux, vous viendrez à ma noce?
0 mon Dieu, oui. — J'espère encore qu'en voyant la chose de près la colère riie prendra, que je ressentirai mon injure, que je chercherai querelle à mon rival...
GENEVIEVE
Oh ! mais alors ne venez pas !
ARMAND
N'ayez pas peur. Je tâcherai, mais je ne réussirai pas.
GENEVIÈVE
A la bonne heure! — Maintenant il faut que je me dépêche. 'A Mauvergnat.) Monsieur...