SCENE IX
Lady RÉGINE, lord PENRUDDOCK.
LADY RÉGINE
Eh bien, milord, quelles nouvelles?... Parlez.
LORD PENRUDDOCK
Tous me permettrez d'abord de vous parler de nous... car je puis dire comme un autre Larochefoucauld, pour une autre duchesse de Longueville :
Pour méYil
pour pin:
Dis, je l'ai
beaux yeux,
Et pour tant de courses et de périls bravés par vos ordres et pour la bonne cause, j'ai droit à la récompense qu'on m'a fait espérer.
LADY RÉGINE
Après la glorieuse révolution de notre jeune monarque.
LORD PENRUDDOCK
C'est vrai!... Mais il y a des restaurations qui se hâtent lentement et de jeunes monarques qui rentrent bien vieux dans le palais de leurs ancêtres... Ma dynastie, à moi, n'a pas le temps d'attendre, et je crains toujours quelque usurpation.
LADY RÉGINE
Quelle idée! Nous, les amis de la légitimité... Parlons de votre voyage... où en sommesnous ?
LORD PENRUDDOCK
Je vous le demanderai !... car tout cela est si bien mené que moi-même qui suis à la tête de tout, je ne sais rien... si ce n'est que je cons-
LADY RÉGINE
C'est ce qu'il faut.... car ce malin encore... on me parlait de vous... des soupçons, et surtout des idées que vous inspirez à Cromvell.
LORD PENRUDDOCK
Il me craint....
LADY RÉGINE, avec finesse. Il n'est pas le seul.... Vous avez donc été en France et en Espagne?
LORD PENRUDDOCK
Avec les paquets et dépêches en chiffres de vous, de lady Hamilton et de toutes les ladys qui conspirent pour la restauration. Aussi le conseil du roi est-il appelé par dérision le nœud de rubans.
LADY RÉGINE
Nœud qui les enchaînera tous... Eh ! bien
D'abord à Madrid, le premier ministre.
LORD PENRUDDOCK
Louis de Haro! Sans doute, par discrétion et à cause de l'ambassadeur de Cromwell, il ne m'a pas rei;u, et ne m'a pas même répondu... C'est bon signe, n'est-ce pas ?
LADY RÉGINE
De là, vous avez été en France?
LORD PENRUDDOCK
Et toujours , à cause de l'ambassadeur de Crormvell, je n'ai pas été reçu du cardinal Mazarin. C'est étonnant comme ils ont tous peur de ce Cromwell, qui, dites-vous, a peur de moi!... En revanche , la duchesse de Longueville , pour qui vous m'aviez remis une paire de manchettes, m'a donné un nœud de rubans orange, que j'ai été porter en Hollande à Breda , à lord Newport , le frère d'Hélène.
LE
!L5 DE U'.nMU ['.l.l .
LADY REGINE, vivement.
Qui est auprès de Sluart. Eh ! bien...
LORD PENRUDDOCK
Il a eu l'air enchanté, et m'a remis pour vous un important message... que j'ai là... cacheté.
LADY RÉGINE
Donnez donc vite....
(Elle défait vivement le papier.) LORD PENRUDDOCK, s'approche pour regarder. Un éventail !... (Lajy Régine le brise par la moitié et tire du manche un petit papier qu'elle lit.
C'est charmant les progrès qu'a faits la diplomatie... De plus, lord Newport m'a présenté à notre auguste souverain, qui, de lui-même, et sans que je lui demandasse rien , m'a promis le gouvernement du Dcvonshire et du Middlessex...
LADY régime , qui lit toujours.
Ah! mon Dieu! quelle imprudence!
lord penruddock, s'approchant.
Commcn t ?
LADY RÉGINE
Rien ! rien ! ( A part , et parcourant le papier. ) Débarqué à Bristol, caché dans une retraite sûre... Le roi n'attend qu'un signal pour se rendre à Londres, voyageant de nuit et s'arrêtant dans votre château.
Qu'est-ce donc ?
LADY RÉGINE
Des complimens, des galanteries.... Écoutez la fin de cette lettre... « Monckest décidément pour « le rétablissement de la monarchie.... Il n'attend » que le moment de se déclarer et de marcher sur » Londres ; mais il ne l'osera pas, tant que Crom- » wcll sera au pouvoir: il faut donc, et, par tous » les moyens possibles, hâter la chute du tyran. »
LORD PENRUDDOCK
C'est justement là le difficile Nous sommes
certainement les plus habiles et les plus nombreux... pour le conseil... Mais pour trouver des manœuvres, des gens de peine qui exécutent
LADY RÉGINE
Nous en aurons !... (Apercevant Ephraïm qui entre
par la porte du fond.) Et voici un ami... un ennemi
de Cromwell, qui nous arrive... un des membres
influens du dernier parlement.
EPHRAÏM , lady REGINE , lord PENRUDDOCK.
LADY RÉGINE, présentant Penruddock à Ephraïm. Un des plus élégans seigneurs de la dernière cour, que je vous présente.
(Tous deux se saluent, lèvent la tête et se regardent.)
LORD PENRUDDOCK
Ephraïm Kilseen, qui a bridé mon château !
Lord Penruddock, qui a voulu me faire pendre?
LORD PENRUDDOCK
Cet orateur de la populace !
EPHRAÏM
Ce courtisan de la royauté!
LADY RÉGINE
Eh! Messieurs, daignez m'écoulcr !
LORD PENRUDDOCK
Que le blason de mes ancêtres soit flétri et foulé aux pieds.avant quenous marchions sous la même bannière !
EPI1RAÏM.
Que ma main se dessèche avant qu'Israël et lîaal travaillent ensemble à élever le même édifice !
LADY RÉGINE
Il ne s'agit pas d'élever , mais de renverser. II ne s'agit ni du blason de vos ancêtres, ni d'Israël, ni de Baal, mais de votre intérêt, et votre intérêt dans ce moment est de tout détruire.
LORD PENRUDDOCK
C'est vrai !
LADY RÉGINE
De renverser celui qui régne , et de prendre sa place.
C'est juste, et avec un tel but...
LADY RÉGINE
La guerre civile est permise.
LORD PENRUDDOCK
L'anarchie est le salut.
EPHRAÏM
Tout est légal...
LADY RÉGINE
A merveille.
LORD PENRUDDOCK
Pourvu que l'édifice s'écroule!
EPHRAÏM
Quitte à nous battre sur ses débris !
LORD PENRUDDOCK, passant près cl' Ephraïm ; les acteurs sont clans l'ordre suivant : Ephraïm, Penruddock, lady Régine.) Je suis votre homme.
EPHRAÏM
Je suis le vôtre l Plus de haine qui tienne.
LORD PENRUDDOCK
Union et estime... (Bas à lady Régine.) provisoires...
EPHRAÏM
Jedirai à tous vos nobles amis : Otez vos pourpoints dorés, et marchons bras dessus, bras dessous...
Je dirai aux vôtres : Mettez un gant et donnonsnsus la main !
LADY RÉGINE
C'est dit, c'est convenu; cavaliers et têtes
rondes.