SCÈNE PREMIÈRE
JEAN DE BELZUNCE. Autour de lui, des habitants de la cité, des chasseurs de chamois, des enfants. Hors <lu groupe, observant ce qui se passe, CLAKl^iS.
LE VIEILLARD
O VOU.S , qtti demeurez au bord de ce chemin ,
Pour tendre à tous les maux l’appui de votre main, Dans ces jours désolés , notre unique espérance , Rendez enfin la joie à la ville en souffrance.
Montrant les chasseurs.
A ceux qui, du mont Puy parcourant les sentiets. Poursuivent le chamois de leurs arcs meurtriers , Intrépides cha.sseurs aujourd'hui plus à plaindre
Que l’animal craintif que leur fer court atteindre.
fi LE FILS DE NEMOURS.
La peste est dans nos murs : l’implacable fléau A changé la contrée en un vaste tombeau.
Moi, qui vers mon déclin déjà m’avance et tombe, J’ai vu tous mes enfants descendre dans la tombe. Hier, c’était le tour du plus âgé d'entre eux;
Au plus jeune, aujourd’hui, j’ai dû fermer les yeux. Seul désormais, j’attends que mon heure dernière A leur cendre chérie unisse ma poussière.
UN CHASSEUn.
A l’instant, je passais dans le creux du vallon :
Un chasseur était là, couché sous un buisson.
Ce matin, dès l’aurore, il partit avec joie,
Fouillant tous les halliers pour y trouver la proie. On voyait que la mort n’avait point attendu :
Son arc entre ses doigts était encor tendu.
ÜN JEUNE PATRE.
Il n’est d’amour si pur ni d’amitié si sainte Qui nous mette à l’abri de sa cruelle atteinte.
On dirait que la mort choisit, pour les briser.
Les cœurs qu’un nœud plus doux croyait mieux enlacer. LE VIEILLARD.
Parlez à Dieu pour nous, et la paix va renaître.
LE CHASSEUR
Commandez au fléau.
JEAN DE HELZUNCE, d'un ton grave.
Je ne suis point un maître A qui les éléments aient juré d’obéir;
Tout mon pouvoir se home à prier, à gémir.
Celui qui de ses mains pétrit la créature Peut seul changer les lois qui règlent la nature : Adressez-vous à lui.