ACTE TROISIÈME
Je connais ce sourire éteint, plein d’épouvante,
Qui flotta quelque temps sur sa lèvre mourante.
Avec fureur.
Fuyez !
Avec douceur.
Non, demeurez. Ce charme de vos yeux, Enfants , ce front si pur, ce doux reflet des deux ,
Je veux le savourer; je veux emplir mon âme De ce souffle embaumé, de cette chaste flamme. Fraîcheur des premiers jours, parfum évanoui.
Qu’en des temps plus heureux, j’exhalai moi-même, oui. Je veux te respirer encore sur ta tige,
M’enivrer de ton charme, et, dans un doux vertige. Oublier qui je suis, et me croire innocent.
11 s’approche des enfants , qui reculent et se serrent davantage autour de la Madone.
Avec terreur.
Vous reculez d’effroi? Qu’ai-je donc?
Regardant ses mains.
Âh ! du sang !
J’ai du sang sur mes mains, du sang sur mon visage.
Un flot ensanglanté m’environne, j’y nage.
Pourtant j’avais pris soin de ne le point verser.
De ces deux mêmes mains j’avais cru le presser, Gonune on presse le fruit arraché de ses branches.
Aux enfants, d’un ton suppliant.
Oh ! donnez-moi ces fleurs, ces fleurs aux coupes blanches ; Sur leur tige meurtrie il faut les replacer.
Aux rayons du soleil, la fleur peut repousser;
Nous la verrons bientôt reprendre sa parure.
Et d’un nouvel éclat embellir la nature.
Avec désespoir.
Trop tard ! Il est trop tard ! Embarras superflus : Quand la vie est éteinte elle ne renaît plus.
Quoi ! ne saviez- vous pas, quand vous l’avez meurtrie, Que l’àme du coupable est à jamais flétrie ;
Et n’avez-vous pas craint, en lui perçant le flanc, Que de sa jeune tige il ne jaillit du sang?