‹ Le fils des etoilesChapitre 18 sur 32 · SCÈNE VIII ŒLOHIL. ~ LA COURTISANE LA COURTISANE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII ŒLOHIL. ~ LA COURTISANE LA COURTISANE

THÉÂTRE DE LA ROSE-CROlX

ŒLOHIL (ensommeillé)

Izel !

LA COURTISANE (le touchant)

Ne pense plus à Izel !

ŒLOHIL

Ne plus penser à la chère âme !

Qui es-iu, femme ? Une courtisane sacrée

que les Mages envoient pour m'éprouver?

LA COURTISANE

Je suis une vierge de Sirtella, envoyée par le patesi pour choisir des broderies à Pautel de Samas destinées : je t'apporte le souhait des bergers ; les Mages l'ont permis.

ŒLOHIL

Ne plus penser à Izel ?

LA COURTISANE

Izel est mariée.

ŒLOHIL

Tu mens ! Tu mens, te dis-je... Je pressens une embûche.. Mariée... avec qui... depuis quand...?

LA COURTISANE Avec Ismi, patési de Larsam ! Depuis un mois.

ŒLOHIL

Ah! si je te croyais ? mais croire à l'impossible? Douter d'elle : douter seulement, je ne l'oserais pas.

LA COURTISANE

Songe à ta longue absence !

ŒLOHIL

Oui, trois années, sans que rien ravive l'impression d\in soir, l'extase d'un moment !

LA COURTISANE

Si vive et douce que soit une heure elle s'efîace dans un cœur de seize ans.

ŒLOHIL

Dans mon cœur cependant, cette heure ineffaçable, vibre toujours

Mon amour s'est accru, a grandi dans l'étude.

Oh ! si tu es véridique, je la déleste!

Tandis que je veille et prie pour la mériter

oublieuse, parjure, elle aurait accepté un époux !

imposture ! je l'aurais senti, deviné, si c'était vrai. Femme, tu mens !

LA COURTISANE Pourquoi te mentirai-je ?

Pour me pousser au vœu de Parchimage.

qui voudrait me garder dans le temple.

LA COURTISANE

Quoique jamais tu ne m'aies regardée

je t'écoutais chanter à Sirtella et j'aimerais t'y réentendre.

ŒLOHIL

J'en suis banni... et si, ce que je nie toujours, Izel m'avait trahi, J'irais avec une autre femme sous le palmier de son parjure Et là, devant le clair regard des étoiles, je renierais son nom, et mon baiser toucherait aussi d'autres lèvres.

LA COURTISANE

Songe dès maintenant à cette représaille;

je m'indigne avec toi : veux-tu que retournant à Sirtella

je porte ton salut à quelque vierge?

N'as-tu pas remarqué Ilga, fille du ciseleur ou Tréi la brodeuse.^

ŒLOHIL

Izel mariée ! astres Dieux !

LA COURTISANE Je repars, Œlohil ? Adieu.

ŒLOHIL

Non attends... tu es jolie et fidèle, peut-éire. La trahison t'indigne î Veux-tu que je te voue et ma voix et ma lyre

THÉÂTRE DE LA ROSE-CROIX

Veux-tu que j'apprenne ton nom aux échos de Sirtella ? Veux-tu le cœur d'Œlohil, le poète ?

LA COURTISANE Je le voudrais, ce cœur qui s'offre, s'il se donnait vraiment...

ŒLOHIL

Tu me refuses?

LA COURTISANE

Non, mais je pars

ŒLOHIL

Demeure : ou la Magie est imposture ou bien Izel souffre déjà. Les âmes ignorent la distance et ma colère peut commencer ici.

LA COURTISANE Le dépit seul t^inspire! Adieu!

ŒLOHIL Reste, je vais chasser son souvenir.

Si longtemps, j'ai porté son image en mon cœur, Foubli ne se fait pas d'un coup... Izel !... Izel!...

LA COURTISANE Son nom encor } tu n'as pas demandé le mien ?

ŒLOHIL

Tu es celle qui vient pour venger mon injure; tu t'appelles fierté, justice ;

tu surgis, conduite par les Dieux, chère consolatrice

Quel serment exiger de toi ? par quelle exécration nous lier?

LA COURTISANE Jurons par Zarpanit, de Merodack divine épouse.

(Tintement de cloches)

Les astres m'avertissent, que mon destin est là« Si l'archimage avait raison !...

LA COURTISANE

Tu m'oublies avec ta vengeance.

Si tu te voues aux Dieu, Izel ne pleurera pas.

Tu ne frappes au cœur la coupable

que par un autre amour, que par un autre hymen !

ŒLOHIL

Viens donc comme elle vint, nouvelle étoile, mon étoile ! Rayonne sur mon cœur :

je ne veux plus penser qu^aux mouvements de ta tunique et aux nuances de tes yeux.

CHŒUR (invisible)

Dans le bleu firmament les étoiles s'éveillent Istar paraît ; la sainte nuit descend.

ŒLOHIL

Le chant de Sirtella !

LE CHŒUR

La lune se balance, ronde et blême.

Conjurons son humeur fantasque, par des chants

ŒLOHIL

Astres dieux : qu'allais-je faire ?

LE CHŒUR

Les formes disparaissent;

les dieux et les déesses se penchent au balcon du ciel.

LA COURTISANE

Tu me fuis maintenant!

LE chœ:ur

Et les étoiles sont leurs yeux qui contemplent nos âmes pour mieux distribuer le sort bon et mauvais!

ŒLOHIL

Mon àme se parjurait aussi, Dieux tutélaires !

Même Izel Inconstante, Œlohil restera fidèle à son vouloir.

Je ne dois pas la suivre dans sa faute.

tHÉAtkE DE LÂ feOSE-CkOl?^

Le néophyte garde sa volonté, même dans la douleur! Hommage aux Sept, les grands recteurs

Et gloire aux étoiles sans nombre (il s'agenouille, la courtisane sort).

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