CLÉOPATRE, BENITO, CATALINA, FRÉDÉRIC
Au lever du rideau^ Cléopâtre est couché sur un banc avec un $ae militaire som la tête; il dort* Frédéric coupe les cheveux à Beniio,
CATALINA, entrant^ à son mari* Benito, le brigadier dort toujours.
BENITO
Il ne s'est pas réveillé depuis hier... depuis la fameuse scène.
FRÉDÉRIC
C'est l'effet du vin qu'il a absorbé.
BENITO
Je ne suis pas fâché de le voir dormir.., il est confié l\ ma garde... L'adjudant m'a dit: Vous répondez du prisonnier sur votre tête... Et dame! s'il cherchait à s'échapper...
CATALINA
Il y a un factionnaire à la porte.
BENITO, à Frédéric.
Est-ce bientôt fini ?
FRÉDÉRIC, lui ôtant son peignoir.
C'est fait!
BENITO,, à part.
Vraiment! il me coiffe très-bien, ce garçon-là !... FRÉDÉRIC, monlran t un pain de munition .
Voilà ce qu'on vient d'apporter pour le déjeuner du brigadier.
BEMTu, frappant sur le pain, qui résonne comme du
bois.
On ne cuit pas tous les jours dans l'armée française. . . il faut de fameuses dents pour manger ça!
CATALINA
Pauvre homme!... Tant qu'il sera chez nous, nous le nourrirons de notre mieux.
BENÎTO.
Oh, oui!... D'abord, s'il est bien nourri... ilne cherchera pas à s'échapper...
CATALINA
Je lui ai préparé un bon petit déjeuner... Vite, mettons la table.
Aidez ma femme, Frédéric !
FRÉDÉRIC, avec empressement.
Tout de suite !
BENITO
Et ne soyez pas triste comme ça... Ne pensez pas à Rosalinde...
FRÉDÉRIC, à part.
Il me parle toujours de Rosalinde... Qu'est-ce que ça peut être? {Il aide Catalina à mettre le couvert.)
ENSEMBLE
Table bien servie,
Vrais «amis, Font que l'on oublie
Les soucis.
CATALINA
Des fruits., du pain blanc... du jambon. .
Du vin...
BBNITO.
Quoi, du meilleur?
CATALINA
Pour lui rien n'est trop bon l
O fin quMl adore»
Qa*un dernier rayon de gatté, Dans gon pauvre cœur attristé, Aujourd'hui reparaisse encore...
Pour lai faire éclore Un dernier rayon de gatté, O bon yin qa*il adore...
Tu l'as perdu, liqueur traîtresse, Mais* généreux jusqu'à l'oubli, Il t'aime encor dans sa faiblesse, Comme l'on aime une maltresse Qui cependant nous a trahi.'
O Tin qu'il adore.
Etc., etc.
BBNITO.'
Du tabac... des cigares...
Des plus chers... et des plus rares. .
Sainte vierge!. . . mais tu veux donc Ruiner pour lui la maison?
CATALINA
Non.. .
Mais en prison Fumer est si bon !
O blanche fumée Que Ton aime à suivre des yeux 1 Que de rêves délicieux Donne ta vapeur embaumée I
blanche fumée, Monte en spirales vers les cieux, Monte, blanche fumée!
Blanche vapeur, léger nuage, Par les zéphyrs au loin porté.
Au prisonnier rends le courage.
En lui parlant, dans ton langage.
De grand air et de liberté!
O blanche fumée, Etc., etc.
FRÉDÉRIC, avec attendrissement.
Pauvre brigadier! {It laisse tomber une assiette.)
CLÉOPATRE, se réveillant au bruit.
HeiQ?... Quoi?...
BENiTo, à Frédéric.
Maladroit.
CLÉOPATRE
Présent, capitaine. {Regardant autoiit de lui.) Mais. . . oij suis-je donc ?
BENÎTO.
Chez nous...
CATALINA
Chez des amis. . .
CLÉOPATRE
Comment!... J'ai passé la nuit ici... [Se levant,) Il faut que je file... je vais manquer l'appel du matin.
BENITO, Varrêtant vivement.
Non! {Avec douceur.) Brigadier... Vous ne vous trouvez donc pas bien chez nous?
CLÉOPATRE
Si... Mais le service... Adieiil
BENITO, le retenant.
Impossible I ,. . Je réponds de vous sur ma tête!... Vous êtes prisonnier. . .
CLÉOPATRE^ étonné* Moi?... Pourquoi?... Qu'est-ce que j'ai fait? -
BENITO
Comment!... Vous ne vous souvenez pas*., hier soir...
CATALINA, basàBenito,
Tais- toi donc !
CLÉOPATRE
Non... Que s'est-il doiic passé?
CATALINA
Presque rien... vous avez un peu trop levé le coude.
fcLÉOI»AfftP!.
Ah ! tb h'est qiid ça !.. . Quinze joiirs dé salie de police . . . Ça me conîiâtt.
BENITO
Mais, malheureux!...
CATALiNÀ, bas à son mari. Tais-toi donc!
cLÉopÀTRG, bas à Catalina.
Ça m'ennuie à cause du petit. . . il va me gronder ! * . .
CATALINA, à part.
S'il savait qu'il l'a insulté!.., {Lui serrant la main.) Pauvre brave homme !
CLÉOPATRE
Quoi donc?
CÀtALlNA.
Rien... MetteK^VoUs à table, tious allons Vous servir.
BBNITO.
Il n'y a pas de verre... Frédéric, lirt verrô!
fAI^dério.
ToutdëiUite!
CATALINA
Ni de couteau...
BENITO
Frédéric, un couteau !
FRÉDÉRIC
Voilà! voilà.
CLÉOPATRE, étonné.
Ah ça ! vous l'avez donc pris comme domestique ? .
i^RtlDiÉRiG, ûppûTiani le terre et le couteau. Non... c'est par obligeance.
CLÉOPATRE, bas à Benito.
Alors, vous n'êtes plus jaloux?
BENITO, bas à Cléopâtre, pendant que Prédëric cause
avec sa femme.
Oh! maintenant, je suis bien tranquille... ma femme m'a
Si LE FILS DU BRIGADIER
expliqué la chose... il est amoureux de sa cousine Rosalinde, qui est restée à Paris... C'est là ce qui le rend triste... (A Frédéric^) Frédéric... voyons, ne soyez pas triste... [A Fré. déric quCne l'écoute pas,) Frédéric, ne soyez pas triste comme ça... ne pensez pas à Rosalinde I
FREDERIC, à part.
Encore !
BENITO
Voulez- VOUS que j'écrive au père?
FRÉDÉRIC, étonné.
Quel père?
BËNITO.
Le père Rosalinde I
cATALiNA, vivement.
C'est inutile... on ne parviendrait pas à l'attendrir 1 FRÉDÉRIC, sur un signe de Catalina.
Non! c'est inutile... on ne parviendrait pas... {A part.) Mais de quoi me parle-t-il?
BENITO, à Cléopdtre, Il m'est très-commode... Ce matin il m'a mis du vin en bouteilles !
GLÉOPATRE.
C'est un bon garçon!
BENITO
Un peu nigaud!
. GLÉOPATRE.
Oh I il se formera !
BENITO
Excellent musicien... fin connaisseur!... il adore m'entendre chanter dans le lointain, quand je m'accompagne sur ma guitare... Ce maiin, pendant qu'il était à la cave...
CLEO PAT RE.
Avec votre femme?
BENITO
Avec!... {A Catalina.) Y étais-tu?
FRÉDÉRIC
Ouil
CATALINA
Non!
BENITO
Ohl peu importe... Il m'a crié d'en bas... parce que j'étais en haut...
Naturellement !
BENITO
Il m'a crié : Monsieur Benito, chantez-moi donc quelque chose I
CLÉOPATRE
Et vous avez chanté?...
BENITO
Oui!
CLEOPATRE
Longtemps?
BENITO
Pendant vingt minutes 1
CLÉOPATRE, tendant son verre.
A votre santé.
CATALINA
Maintenant, un bon cigare ! {Elle le lui donne.)
CLÉOPATRE
Ohl vous me gâtez! allons! je vais prendre l'air... faire un tour.
BENITO, effrayé.
Vous voulez sortir?
CATALINA
Dans le jardin...
BENITO, à part.
Il n'est clos que par une haie... {Haut.) Brigadier... jurez-moi... sur votre drapeau...
aîî LE rtLS OU BRIGADIER
CLÉOPATRE
Quoi?
BEXITO.
De ne pas chercher à vous échapper...
CLEOPATRE
Pourquoi voUlez-vous que je m'échappe?... Je demande à faire mes quinze jours ici... Je vous aiderai comme Frédéric!... (// s'approctiË d*un brasero et allutne son cigare, — Emile paraît au fond.)
GATALINA, BENitO et FRÉDÉRIC.
MotifeieUf Emile!
CLEOPATRE, à part.
Le petit !
ÉHILE.
Laissez-nous, mes amid, j'ai à causer avec le brigadier. {BenitOf Catalina et Frédéric sortent.)