SCÈNE VI
EMILE, THÉRÈSE, BITTERMMANN. {Bittermann
parait au fond.)
BITTERMANN.
Le voilai...
EMILE et THÉRÈSE.
Lui !..
THÉRKSE, à Bittermann.
Avez- vous rencontré un soldat qui vient de sortir?
BITTERMANN.
Non... je n'ai rencontré personne...
C'est qu!il avait... quelque chose... à vous remettre...
EMILE, vivement.
Ce n'est pas pressé... Adjudant, j'ai eu l'honneur de me présenter à votre porte ce matin... je venais vous faire une confidence qui vous engagera, je l'espère, à atténuer votre déposition... vous êtes homme de cœur... vous me comprendrez... Le malheureux qui s'est oublié hier, dans un moment d'ivresse... c'est mon pèrel
BITTERMANN.
Je le savais.
EMILE e< THÉRÈSE.
Gomment!
BITTERMANN.
La femme du cabaretier Benito est venue me l'apprendre hier soir...
BMILB.
Et alors?..'.
BITTERllANN.
Alors. .. qu'est-ce que vous voulez?» .• un père.. . un fils. . . je me suis mis à pleurer... et je me suis dit : Il faut sauver ce pauvre homme.
Est-il possible ?
EMILE
Ahl brave adjudant!
BITTERMANN.
Ils ne sont pas méchants, les Allemands! Têtus, mais bons cœurs. . . Voici le raisonnement que j'ai fait : Quoi que fasse, quoi que dise le lieutenant pour sauver le brigadier, on ne le croira pas... parce qu'il est son fils.
ÉKILE.
C'est vrai!
BITTERMANN.
Mais moi... seul témoin... désintéressé dans laquestion. .. je puis mentir... on me croira...
EMILE
Oui... oui...
THERÎ^SE.
Eh bien! qu'avez-vous fait?
BITTERMANNi
Je n'ai pas dormi.. j*ai cherché une idée toute la nuit... et je n'ai rien trouve^.. i
EMILE
Ah 1 mon Dieu !
BITTERMANN.
Je n'ai rien trouvé... avant le jour!... Car au lever du soleil, mes idées se sont éclaircies... je suis un homme du matin, moi...
THÉRÈSK.
Oui*., après?
BITTERMANN,
* Alors, j'ai inventé un moyen... ce que voifs appelez une ruse... un stratagème..,
EMILE
Après?... après?...
BITTERMANN,
Enfin, un trait do génie! ... lis ne sont pas bétes les Allemands... un peu lents, mais ..
THÉRÈSE
De grâce... parlez!...
BITTERMANN.
Oui... voici ce que j*ai trouvé... (A Emile.) Je me mets en votre lieu et place... je prends l'insulte pour mon compté... ce n'est pas vous qui avez eu affaire au brigadier... c'est moi!
EMILE
Mais la situation est la môme, l'insulte envers un supérieur n'en existe pas moins... Il faudrait prouver qu'il n'y a pas eu d'insulte.
BITTERMANN.
Évidemment... mais vous ne le pouvez pas, vous... le fils... on dirait : Il veut sauver son père... Tandis que moi...
Ah!
EMILE
Je comprends ! . . .
BITTERMANN.
Alors, j'ai fait un petit rapport,,, que je crois très-bien écrit... pour un Allemand... parce que pour un Français...
EMILE
Oui... parlez!
BITTERMANN.
Dans ce rapport, je blanchis complètement le brigadier... j'intervertis les rôles... C'est moi qui l'ai provoqué, bousculé, corrigé m<^me...
THÉRÈSE
Oh ! c'est bien !
EMILE, lui serrant la main.
Oh! oui, c'est bien!... Ainsi votre rapport...
BITTERMANN.
Je viens d'en faire remettre une copie au brigadier, pour qu'il en prenne connaissance.. . et ne me démente pas devant le conseil de guerre...
Oh ! merci I que vous êtes bon !
BITTERMANN.
Êtes-vous contents de moi? et puis-je espérer... quand ma sœur sera mariée? . . .
THERESE, embarrassée.
Certainement...
EMILE, prenant la main de Bittermann.
Monsieur.'., je n'oublierai jamais ce que vous venez de faire.. . et si un jour... vous avez besoin d'un de ces dévouements... que rien n'effraye... appelez-moi... je suis prêt à tous les sacrifiées... à tous... excepté un... celui-là... serait au-dessus de mes forces... Adjudant... embrassons-nous!
BITTERMANN.
Je ne comprends pas. . .
EMILE
Plus tard... (// V embrasse et sort vtoemeni.)