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SCENE X

DELIGNY, MORISSEAU.

morissbaC, ramenant Deligni/ par le bras. Comment 1 partir pour Paris! es-tu Tou? et le déjeuner?... {A part.) J'ai une faim horrible. (Haut.) El ta prétendue?...

UELIGHV.

Non, laisse-moi; il faut que je m'éloigne. Vois-tu, Morisseau, ce voyage sera pour moi un souvenir de malheur.

HORISSEAD.

Ah çà ! t'expliqueras-lu à la fin? Je reviens de la poste porter la lettre pour ma femme: tout-àcoup je te rencontre haletant, bouleversé. Adieu, me dis-tu, adieu pour toujours. Moi, je le prends sous le bras, je te ramène, ou plutôt je te traîne jusqu'ici... Tu refuses de me donner aucune eiplicalion... dans la rue, je comprends cela... mais

DELIGNT.

Je te dis qu'il faut que je parte... ne m'en demande pas davantage.

MORISSEAD.

Et ce mariage?

DELIGNT.

Est rompu.

HORISSEAC.

Tu n'es donc plus amoureux?

DELIGNT.

Plus que jamais.

MORISSEAU.

Alors!...

DELIGNV.

Alors il faut que je parte!

Fausse sortie.

MORISSEAU, le retenant.

Un instant I Tu ne partiras pas! je ne veux pas que tu partes.

DELIGNT.

Écoute. A toi, je ne veux rien cacher... mais songe que je te confie un secret auquel l'honneur d'une jeune fille est attaché.

MORISSEAD, se frottant les mains.

Ah! ah!

DELIGNY

Je t'ai parlé ce matin de Marie, de nos relations à FrancforL.. eh bien, je ne t'ai pas tout dit :

Air du Cliâteau (lElvire.

Se'duite alors par la promesse U'une union qui comblait tous ses v<ipu», Marie écoula ma tendresse Et répondit à mes aveux...

Or, le contrat de mariage Que je sollicite en ce jour, Au temps de mon premier voyage, Fut dej!i signé par l'amour.

MORISSEAC.

Aht bah! ah! bah!

DELIGNY

Oui, et je venais ici pour une réparation.

MORISSEAU, d'un ton pénétré.

C'est bien, ça, c'est bien, ça.

DELIGNY

Eh bien, croirais-tu que maintenant elle refuse de me reconnaître?

MORISSEAU, gafment.

Ah I elle veut se moquer de toi I Ah ! ah !

DELIGNT.

Comment, tu ris?

MORISSEAU, tout en riant.

Conviens aussi que c'est drôle, une femme qui. . . enfin une femme que... et qui ne veut pas vous reconnaître... Ahl c'est drôle! si, c'est drôle! si, si:

DELIGNY

Mais écoule-moi. Je lui ai déclaré fort sérieusement que je partais, que je parlais pour toujours, Morisseau, et pas une parole, pas un regard pour me retenir... Toujours la même réponse : Je ne vous ai jamais vu !

MORISSEAU, éclatant.

Ah! ah!

DELIGNV.

Tu es insupportable!

MORISSEAC.

Dun mot j'arrangerai l'affaire. Ah! ah!

DEUGJiY.

Elle niait avec tant d'assurance, de vérité, que, si je n'étais pas bien sûr, je croirais que je me suis trompé...

MORISSEAU, irès-gaîment.

Admirable I

DELIGHY.

Qu'une ressemblance...

MORISSEAU, effrayé.

Hein?

DKLIGNY.

Oui, que j'ai été la dupe d'une ressemblance, d'.une illusion.

MORISSEAU, de même.

Eh mais! eh mais!

DELIGNY

-Eh bien ! qu'as-tu donc?

MORISSEAU.

J'ai... j'ai... {A lui-même.) Comment, une ressemblance! Ma femme... elle se nomme Louise... mais à Francfort on l'appelait aussi Marie à cause de la ressemblance.

DELIGNY

Parleras-tu? tu m'impatientes!

MORISSEAU.

Non, je ne t'en veux pas.

DELIGNY

A moi? pourquoi?

MORISSEAU.

Tu ne pouvais pas deviner...

DELIGKY.

Mais quoi?

MORISSEAU.

Puisque c'était avant.

DSLIGNY.

Avant quoi?

MORISSEAU, se ravisant.

Rien.

DELIGNY, avec impatience.

Ah çà ! quelle comédie jouons-nous ? au lieu de me consoler tu commences à me rire au nez, puis subitement, sans motif, tu te montes, tu soupires. Eq vérité, tu ferais perdre patience...

MORISSEAU, se promenant à grands pas.

Allons, du sang-froid, du courage... fais commemoi, je suis calme... tu vois, je suis très-calme.

Toi, tu n'as aucunes raisons.

MORISSKAU.

Aucunes raisons? mais cette jeune fille que tu as aimée, il y a trois ans, à Francfort, et qui... enfin ce n'est pas Marie.

DELIGNY

Ce n'est pas Marie !.. Allons donc, tu es fou I

BIORISSEAU, dramatiquement.

Cette ressemblance dont tu parlais tout-àl'heure... eh bien, elle existe.

DELIGNV.

Serait-il possible? Oti ! non, c'est elle, je l'ai reconnue aux battemens de mon cœur.

MORISSEAU, avec éclat.

Ah! bah! les battemens de ton cœuri laissemoi donc tranquille avec tes battemens ! je te dis que ce n'est pas elle.

DELIGNY

Mais qui donc, alors?

MORISSEAU, dramatiquement.

Qui î tu me demandes qui ? Tiens, tu vas frémir ; c'est...

DELIGNY

Eh bien, c'est...

MORISSEAU, se ravisant, furieux.

Qu'est-ce que ça te fait? C'est vrai... tu es là... tu me tires les paroles .. Eh bien, non, tu ne le sauras pas, tu ne le sauras jamais.

DELIGNY

Cependant ..

MORISSEAU.

A quoi cela te servirait-il?

DELIGNY

A l'épouser.

MORISSEAU.

A l'épouser? c'est trop fort. Mais tu ne veux donc pas comprendre que...

DELIGNY

Que quoi?

MORISSEAU, avec éclat.

Que rien.

DELIGNY, , s' emportant.

Oh ! c'en est trop !

MORISSEAU.

Vojons, mon ami, sois raisonnable... je me trompe peut-être, vois-tu, il se peut que ce soit Marie, il se peut aussi que ce soit l'autre... ou bien... [Chnudtineni.) Est-ce que je sais, moi? DELIGNY, de même.

Ah çà! que signifie? en vérité, lu serais intéressé dans cette aiïaire ?

MORISSEAU, s'ouhliant.

Certainement que j'y suis intéressé... [se reprenant) par l'intérêt que je te porte... Mais il faut absolumenlque ce mystère s'éclaircisse, ça ne peut pas durer long-temps comme ça... je souffre, je suis irrité, agacé... de te voir si inquiet. Pauvre ami, va... Je vais trouver la tante Valden, et je

saurai d'elle si c'est Marie ou l'autre qui... car enfin lu ne peux rester dans cette position-là, je le comprends comme toi, mieux que loi peut- • êtrel

DELIGNT.

Cours donc, car je suis impatient.

MORISSBAU.

C'est cela, j'y vais.

BELIGNV.

Air tlf Bnine et Blonde. (I.oisa Pugcl.) A toi je me livre...

WORISSEAU.

J'ouvrirai le livre

De ton destin; Il faut que la tante, D'humeur complaisante, S'explique enfin.

DEUGNY.

Tu comprends, mon cher, mon inqnie'tude I^'c peut pas durer, c'est trop d'un moment.

WORISSEAU.

Je m'en vais courir, car l'incertitude Est, à mon avis, un cruel tourment.

ENSEMBLE

DELIGNT.

A toi je me livre; Ouvre donc le livre

De mon destin.

Il faut que la tante, D'Lumeur complaisante, S'explique enfin.

MORISSEAU.

A moi s'il se livre, J'ouvrirai le livre

De son destin, Il faut que la tante, D'humeur complaisante, S'explique enfin.

Morisseaii sort par la droite.

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