‹ Le fin motChapitre 3 sur 29 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MARIE, M"'« VALDEN, MORISSEAU\

M"" Valden et Marie travaillent assises près de la tahle à ouvrage.

M™* VALDEN, à Morisseaii , qui est debout. Est-ce que vous ne m'aviez pas dit que vous aviez reçu une réponse de Paris î MORISSEAU, à part.

Allons, encore! {Très-haut.) Mais oui, pour la dixième fois, oui ! La lettre est arrivée avant-hier à Francfort, et ma femme me l'a aussitôt adressée

ici, à Manheira... Là ! comprenez-vous bien, maintenant?

M™' VALDEN.

Oui, oui, je ne suis pas sourde... Mais vous ne m'avez pas dit ce que contenait cette lettre.

MORISSEAU, « part.

Allons, bon! c'est tout à recommencer. [Haut.) Cette lettre me donne des renseignemens sur le prétendu qui demande la main de Marie, votre seconde nièce, de Marie, ici présente, la cousine de ma femme...

N. B. Les indications sont prises du point de vue du spectateur, le premier personnage inscrit occupe la gauche, et ainsi de suite de gauche b droite ; les changemens de position dans le courant des scènes sont indiqués par des noies au bas des pages.

MAGASIN THEATRAL

ïl""^ VAI.DKN.

Ah! bienl... Et sonl-ils bons, ces renseignemensî

MORISSRAD.

Excellens !

MARIE, à elle-même.

Pauvre tante l la mémoire s'en va.

MORISSEAU.

C'est bien comme je le pensais... c'est lui, ce brave Deligny, un ancien camarade de Louis le Grand... Riche parti pour vous, nia petite cousine!

mine VALDEN.

Mais vous ne m'avez pas lu cette lettre : il me semble que moi, la tante...

MORISSEAU, haussant les ôpaules.

C'est trop justel [A par/.) Depuis ce malin, jene fais que ça. [Lisaut.) «Mon cher Morisseau... » — C'est à moi qu'elle est adressée. — « Vous pouvez » dire à M""^ Valden que M. Deligny possède un » caractère des plus aimables...»

M""' VALDEN.

Qui ça, Deligny?

MORISSEAU, n pari.

Ah! parbleu, c'est trop fort. (Criant irés-haut.) Deligny, Edouard Deligny, celui qui demande la main de Marie, votre futur neveu...

M""" VALDEN.

Pas si fort: je ne suis pas sourde.

MARIE

C'est vrai, vous criez... ma tante entend fort bÎQihr *,» «k - .' .^r* . \ \ «„ . . » . ■ i<yx 'S' ^ORf^^/^Vf incrédule.

Je m'en aperçois !

M""" VALDEN.

Continuez !

MORISSEAU

Voyons... hum !... hum l... ah! "Que M. De- » ligny possède un caractère des plus aimables, » une réputation sans reproche, et que sa fortune » est d'environ quinze mille livres de rente. »

AI""' VALDEN.

Ah! ah!

MORISSEAU, à pari.

C'est encore ça qu'elle comprend le mieux, la tante!

MARIE

Tout cela ne dit pas que M. Deligny me plaise.

.M"'t VALDEN.

Tu serais bien difiicile... un caractère aimable et quinze mille livres de rente.

MORISSEAU, à part.

Il n'y a pas de danger qu'elle oublie ce chiffrelà...

M'"" VALDEN.

Un mari est toujours bien avec cela.

MARIE

Oui, excepté quand il est laid.

MORISSEAU.

Oh! là, je \ous arrête... Deligny est un magiiilique cavalier... Vous m'auriez bien épousé, moi, n'est-ce pas?

Mais...

MORISSEAU.

Oui, vous m'auriez épousé, avouez-le; je suis marié, il n'y a pas de danger... d'ailleurs votre cousine, qui s'y connaît, n'a pas hésité un instant , et il est impossible que vous n'ayez pas les mêmes goûts qu'elle... vous vous ressemblez trop pourça, mêmes yeux, même bouche, même son de voix, même tout, à tel point que chacun s'y trompe, la tante surtout; elle patauge entre ses deux nièces, et moi aussi, moi , un mari! témoin que l'autre jour, je vous ai appelée Bichetie, comme ma femme, mais ça n'a pas été plus loin. Tout ceci prouve assez que vous ne devez pas me trouver mal.

Air : // esl Jlnllciir d'épouser cette.

Eli l)ien ! maigre mes avant.iges, Deligny, croyez-en ma foi, Selon lie nom]>reux te'nioignages, Est cncor heaucoup mieux que moi!...

Il est Lien mieux, je vous le jure !

MARIE

ISe jurez pas 1... c'est vanité'; Mon cousin, sur voire figure, .le lis loiUe la vi'rild.

MORISSEAU.

Au reste, vous pourrez en juger bientôt par vous-même, ma petite cousine; car c'est aujourd'hui ou demain qu'il arrive.

M"™* VALDEN.

Mais je ne puis comprendre, mon neveu... MORISSEAU, à part, fouillant dans sa poche. Elle veut que je lui relise la lettre.

«"!« VALDEN.

Eh bien! qu'est-ce que je disais donc?

MORISSEAU, élevant la voix.

Vous disiez : Mais je ne puis comprendre, mon neveu...

M^ic VALDEN.

Ah! bon! Pourquoi M. Deligny demande la main de Marie, qu'il n'a jamais vue.

MORISSEAU.

Tiens! au fait, pourquoi Deligny...

M"'» VALDEN, se levant.

Vous en conviendrez, rien n'est plus bizarre que ce projet de mariage.

MARIE, se levant.

Quant à moi, j'ai peine à le considérer comme sérieux. 11 y a un mois, maman reçoit une lettre d'une personne dont le nom lui est inconnu, M. Edouard Deligny... en quatre lignes, on lui demande ma main... (A Uorisseau.) Vous, vous prenez feu tout de suite pour ce nom, qui vous rappelle un camarade de collège. Vous forcez ma tante a répondre, et, si je vous écoutais, j'irais attendre M. Deligny à l'arrivée de la diligence pour me jeter à son cou.

MORISSEAU.

Mais, puisque je vous le garantis!

Ain :

C'est une chose singulière Comme on se marie à ^iresenl ; Un mois suffit. • c'est une aff.iiro Qu'on traite fort légèrement...

Pour toujours lorsque l'on s'engage, On devrait se connaître mieux.

MORISSEAU.

C'est vouloir tuer le mariage ; Sur trois od eu manquerait deux.

M"'« VALDEN.

Tu es libre, ma chère enfant, et, quoi qu'en dise Morisseau, si M. Deligny ne te plaît pas...

MORISSEAU.

Bon, bon! vous en serez charmées.

M""^ VALDEN.

Moi, par prudence, j'ai toujours gardé le secret, et nous trois seulement connaissons ce projet de mariage.

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