SCENE IV
DELIGNY, MORISSEAU.
DELIGNY, introduit par Jean.
Monsieur... Eh mais, je ne me trompe pas... Morisseau !
MORISSKAU.
Lui-même... un peu changé, comme tu vois... à mon avantage... j'ai pris de l'embonpoint.
DELIGNV.
Quelle heureuse rencontre!... je te savais bien dans ce pays, marié à Francfort; mais depui.s long-temps que lu ne m'écris plus...
MOllISSKAH.
Que veux-tu?... une fois marié, on néglige ses amis, par prudence souvent.
DELKiNV.
A moins d'épouser une femme bien laide.
MAGASIN THEATRAL
MORISSEAU.
Alors, ce sont eux qui vous négligent... Mais je ne dis pas ça pour moi, car, Dieu merci, j'aurais tort de me plaindre.
DKLIGNY.
Ta femme est jolie?
HORISSEAU.
Charmante, mon ami, et d'une sagesse fort rare sur les bords du Rhin... au reste, tu viens ici pour épouser sa cousine germaine.
DELIGNY
Ah ! mais, je ne savais pas...
MORISSEAU.
Serais-tu fâché de m'a voir pour cousin, pour ami?
UKLIGNY.
Moi! bien au contraire... ce cher Morisseau!
Air de Madame Favart.
Tu n'es pas beau, la chose est claire ; Tu ne peux pas rendre jaloux, Et même en galante matière Tu n'es pas Irés-forl, entre nous...
Vois-tu, quand on veut prendre femme, Et qu'on craint la commune loi, On est trop heureux, sur mon âme, D'avoir des amis tel que toi !
// lui serre la main.
HORISSEAU.
Ce bon Deligny ! Mais explique-moi donc pourquoi tu demandes la main de notre cousine Marie?. . une jeune fille que tu n'as jamais vue... J'ai tâché d'expliquer, de colorer celte étrange proposition ; mais franchement je n'y comprends rien.
DBLIGNT.
C'est précisément parce que je l'ai vue, Marie, parce que je l'aime... Oh ! c'est une histoire, un roman !
.UORISSEAU.
Tu n'as pas quitté Paris depuis trois ans.
DELIGNY
Oui... mais il y a trois ans j'étais à Francfort, j'y vis Marie pour la première fois chez M^^Rosbach, et, pendant trois mois que je passai là, je l'aimai d'un amour que j'eus lieu de croire partagé.
HORISSEAD.
Voyez-vous, la petite sournoise, elle ne m'en a jamais dit un mot!
DELIGNY
Oh! je m'explique fort bien sa réserve; il est de ces choses qu'une jeune fille n'avoue pas, lu comprends?... (A part.) S'il savait tout, il comprendrait mieux. (Haui.) Bref, je fus forcé de retourner à Paris; nos adieux furent bien tristes... je promis de revenir; mais, au milieu des distractions de la vie parisienne, j'oubliai bientôt mes promesses.
MORISSEAC. j
Mauvais sujet !
DELIGNY
Plus tard seulement, mes souvenirs se repor- i torcni avec amour vers ces belles rives du Rhin.
dont la gracieuse figure de Marie venait encore embellir le paysage.
MORISSEAC.
Voilà de la poésie!
DELIGNY
Peu à peu cette pensée prit sur moi un empire irrésistible ; le séjour de Paris me devint insupportable... Mais le soin de ma fortune compromise dans une exploitation industrielle m'y retenait... Un jour, enfin, rien ne s'opposa plus à mon départ ; j'étais riche encore, et ce fut en tremblant, je te le jure, que j'adressai à M"»* Valden la lettre que tu as sans doute lue...
MORISSEAC.
Huit fois et tout haut...
Juge de mon bonheur en apprenant que Marie était libre encore, et de mon émotion en pensant qu'ici, dans un instant, je vais la revoir.
MORISSEAC.
C'est charmant, c'est parfait l... Voilà un mariage qui ne sera pas difficile à faire.
Air :
Vraiment, à semblable dislance.
Une telle fidélité , Qui rc'sisle à trois ans d'absence, A droit à la postérité.
Du mariage effla bizarre!
On cite peu de pareils traits ; S'aimer trois ans avant! c'est rare...
Moins pourtant que trois ans après.
Et puisque ton attente a duré si long-temps, je me ferais un scrupule de la prolonger d'un quart d'heure, et je vais presser ces dames... Attends-moi.
Il soil par le fond.
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