‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 265 sur 503 · LES PRÊTRES REVENANTS · texte numérisé non relu

LES PRÊTRES REVENANTS

Les presbytères du Berry étaient, il y a une cinquantaine d'années, hantés par les âmes des curés qui avaient manqué à leur vœu l. Je n’ai pas retrouvé ailleurs cette croyance, si ce n’est dans un récit de la Loire-Inférieure, où un curé voit entrer dans son presbytère, puis dans sa chambre, le fantôme d’un prêtre inconnu2. Il semble au contraire que les revenants ne se montrent guère que dans ceux qui ont cessé d être habités par des ecclésiastiques. A Kercradet, dans le pays de Guérande, on entend la nuit dans une vieille maison qui fut, dit-on, un presbytère, le bruit de quelqu’un qui crie et se bat, et l’on prétend que c est un curé d’autrefois qui y revient3 4. Un ancien presbytère de Basse-Normandie était hanté par les mauvais esprits ; on y rencontrait parfois de gros chats qui marchaient obstinément à côté des gens, et qui tout à coup se mettaient à leur dire bonsoir avec des airs fort singuliers \ Deux vieilles femmes virent à l’entrée d’un presbytère de Gennes-sur-Seiche, désaffecté à la Révolution, une longue procession qui leur barra le passage ; c'étaient tous les prêtres qui l’avaient habité autrefois ; les enfants de chœur eux-mêmes n’y manquaient pas: ils psalmodiaient gravement quelque chose. La procession suivit les deux femmes et quand elles passaient un échalier elle le passait aussi; elle ne disparut qu’après un assez long trajet5.

Les prêtres revenants figurent dans nombre de légendes : à Saint- Cast un ancien vicaire se promenait la nuit sur les dunes en chantant ; un autre lisait son bréviaire près du château de Bienassis. On cite en Haute-Bretagne bien d’autres endroits où ils apparaissaient. Ils sont condamnés â une pénitence posthume, en raison de péchés commis pendant leur vie et surtout parce qu'ils n’ont pas dit les messes qui leur avaient été payées. C’est pour cela sans doute que l’on voyait sur le pont Tinguy, près de Matignon, un autel avec un prêtre qui semblait y dire sa messe ; dans les carrières abandonnées près de Saint-Méloir de P lé 1 an, à la nuit close, un autre demandait la charité aux passants, et il devait revenir jusqu’à ce qu'on lui eût donné le prix delà messe6. Le plus ordinairement, c’est dans les églises que reviennent les prêtres oublieux ; au chapitre qui parle de leurs hantises, j’ai donné plusieurs de ces légendes, qu’on retrouve à peu près dans toute la France.

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