Fr. Ortoli. Contes de l'île de Corse , p
LES GENS D'ÉGLISE
ayant obtenu, de Dieu la permission de faire pécher une lois un ermite, propose à celui-ci trois péchés: tuer un homme, s’enivrer, ou séduire la femme de son voisin. L'ermite croyant bien faire, s enivre et arrive à commettre les deux autres péchés1.
Une petite légende delà Loire-Inférieure attribue à un ermite du temps passé une sorte de puissance d’exorciste : il tua, en faisant le signe de la croix, un sorcier fameux qui demeurait dans une grotte de la Divate 2 3 4 5 6. Dans un conte du Mentonnais un ermite consulté en une occasion difficile, ne donne pas la réponse qui est ensuite indiquée pai un sorcier. Quelquefois ces solitaires furent inculpés de maléfices . 1 un d'eux qui habitait les ruines de la chapelle de Sainte-Marie des Bois périt victime de la superstition des pâtres qui 1 accusaient de jeter des sorts sur leurs bestiaux, de les dénoncer aux gardes forestiers , mais ils croyaient qu’au fond il était possesseur d une somme d aigent .
Les légendes de la Bass.e-Bretagne accordent aux ermites une véritable puissance ; l’un d'eux gouverne les animaux des bois, les oiseaux el connaît tous les simples. Parfois ce pouvoir est réparti entre plusieurs ; des héros à la recherche de merveilles situées dans des pays inconnus, rencontrent un ermite qui les envoie a son frère plus puissant que lui, et celui-ci à un troisième ; le premier sait la vertu des herbes ; les animaux à poil obéissent au second, et ceux a plume au troisième *. Comme les Vents el les saints, ils donnent à leui piotégé une serviette magique, en Berry une flûte, un manteau et une baguette . Un ermite peut connaître d’un péché que les prêtres n’ont pas qualité pour absoudre, un autre ressuscite un enfant mort. Quelquefois leui sainteté est si grande que leur bon ange vient causer familièrement chaque jour avec eux0.
Quelques-uns se livrent à d'épouvantables macérations : l'un est assis sur un galet chauffé au feu qui donne à sa chair une odeur de roussi ; un autre se tient dans un four, et tous les deux agissent ainsi pour s’habituer au feu de l’enfer. Ils demandent aux personnages qui vont les voir de les crucifier, puis de les enduire de poix, et de les brulei, ou bien de leur arracher les ongles, de leur crever les yeux 7. Ces procédés cruels ne suffisent pas toujours à assurer leur salut, ccst ainsi qu’un brigand qui a fait pénitence va en paradis, alors que son frère tombe au feu de l’enfer, pour avoir accusé d’injustice la puissance
1. II. Carnoy. Littérature orale de la Picardie , p. 13o 137.