Regnier. Satyre XV
5. Cf. Cayx de Saiut-Aymour . Mémoires pour servir à T histoire du département de l’Oise. Paris, 1892 in-12 p. 231-260.
346 L HISTOIRE DE FRANCE DANS LA TRADITION POPULAIRE
fois pur ce sobriquet effacé le bien et utilité que ce grand Advocat du roy pourchassa à tous les siècles à venir'. Cette petite et laide figure était placée, dit un écrivain du XVIIe siècle, à un coin du jubé, au dessoubs de la figure d’enfer, et n'est aucun réputé avoir veu ceste église, s il n a veu cette grimace 2. A la cathédrale de Sens une statuette grotesque qui s appelait Pierre du Coignet ou du Cugnot, enlevée à la révolution, a été remplacée par une autre tôle de pierre que le vulgaire nomme de Jean du Cognot, et les mères y amenaient leurs enfants pour lui montrer sa grimace et leur apprendre à insulter sa mémoire 3. .A Paris on éteignait les cierges dans les narines de la statuette après les offices, et on mettait à ses pieds les balayures de l’église 4 .
C est au règne du premier des Valois que remonte la querelle, dynastique à l’origine, et si funeste aux deux nations, entre les Anglais et les français. Les principales traces légendaires laissées par les Anglais se rapportent à l’époque où ils occupèrent plusieurs provinces de France, et exercèrent leurs ravages dans d'autres. Pour ne pas avoir à y revenir je donne ici leur dossier satirique, quelle que soit la période où il ait été constaté. Ils reçurent des sobriquets qui n’ont pas tous disparu. Celui de Godon était usité en Normandie dans la première moitié du siècle dernier. On le trouve dans l’histoire de Jeanne d’Arc et dans plusieurs passages de chansons normandes ; l’une d’elles appelle les Anglais: Godons, panchesàpois Godon est une forme francisée du juron Goddam ; on dit encore un Goddem ;. « Anglois couez » populaire au moins jusqu’au XVIe siècle, vient du préjugé qui leur attribuait un prolongement de la colonne vertébrale6. Les gamins de la côte bretonne se servent parfois du terme : Anglichmanne pointu. Ecrevisse fait allusion à l’uniforme de l’armée anglaise, comme Habits rouges7 ; D’autres surnoms sont aussi empruntés à la faune, tel Bernard l’Ermite que l’on entend parfois au Havre, et qu’on explique en disant que nos voisins aiment à s emparer de la coquille d’autrui. Parmi les nombreux surnoms que les paysans doinnent aux porcs, on relève en Haute-Bretagne celui d’Anglais. Anglais est synonyme de créancier; il était en usage au XVIe siècle ; ce terme a été l’objet d’une dissertation de Pasquier qui lui assigne comme origine les rançons que la France eut à payer aux Anglais 8.
1. Etienne Pasquier. Recherches de lu France , 1. 111, ch. 27.