‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 403 sur 503 · Abbé L. Dardy. Anthologie de l'Albret, t. 11, p · texte numérisé non relu

Abbé L. Dardy. Anthologie de l'Albret, t. 11, p

354 l’histoire de France dans la tradition populaire

célèbre général anglais, qni guerroya longtemps dans ce pays et y fut tué à la bataille de Castillon. Il avait bâti son château sur une éminence appelée la Tuque de Sabouraud ; il en sortait souvent à la tête d'une vaillante armée. Quand il rentrait le peuple accourait en foule, et criait : Bibe lou rey Talabot ! vive le roi Talbot ! Mais un jour le roi Talbot ne revint plus. L’ennemi assiégea Sabouraud, dont la garnison se défendit d’une façon héroïque, mais la résidence de Talbot battue par le canon ne fut bientôt plus qu'un monceau de ruines Gilles de Retz, qui après s’être illustré â la guerre, commit des actes de cruelle folie, est devenu dans lalpartie de l’Ouest de la France où étaient situés ses immenses domaines, un personnage légendaire, qui porte tantôt ce nom, tantôt celui de Barbe-Bleue. Dans le pays nantais tous les châteaux sans propriétaire avéré sont ceux de Gilles de Retz 1 2; les paysans de Champtocé et de Champtoceaux (Maine-et-Loire) disent que les châteaux en ruine ont appartenu à Barbe-Bleue 3 . Une petite tradition de la Loire-Inférieure le représente comme un puissant constructeur : il lit faire un aqueduc en une nuit, pour plaire à une jeune fille d’Arthon qui lui avait déclaré qu’elle ne l’aimerait que quand il aurait amené dans ce bourg les eaux de la fontaine Bonnet 4.

Les récits populaires n’ont pas oublié ses crimes, et même ils en ont parfois enrichi la liste. Ses empocheurs sont encore célèbres à Nantes et aux environs, et les enfants les redoutent autant que les lutins et les farfadets. A Tiffauges on montre la chambre où il égorgeait ses petites victimes, et les paysans vendéens s’imaginent que celle où il pendait ses femmes existe encore dans un coin de ce château 5 6. Une légende qui s’est formée en Anjou G et en Bretagne, à une époque que nous ne connaissons pas très bien, mais que Richer constatait il y a une centaine d’années, mêle en effet les épisodes de l’histoire de Gilles et ceux du conte de Perrault7 8. On prétendait qu’il enfermait ses femmes dans de petites îles, appelées îles enchantées que l’on voit dans l’étang du château de Prince®. Pendant longtemps, on montra dans l’ancienne

1. A. Ducourneau. La Guyenne historique et monumentale , t. I, p. 17, 223.

2. Paul Sébillot. Légendes locales de la Haute-Bretagne, t. Il, p. 178.

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