LES PIERRES BRANLANTES
ne la regarde pas1. Celle de Dame-Sainte tournait le dimanche des Rameaux lorsque la procession rentrait à l’église ; celle de la Tour près de la Verrie, la nuit de Noël, et elle était alors entourée d'un cercle de lumières; des lutins androcéphales forment des rondes autour pendant une partie de l’hiver2.
On est venu et l’on vient encore interroger ces roches singulières; le plus souvent ce sont les maris qui leur demandent des oracles. Le nom de Men dogan, la pierre des cocus, à Trégunc (Finistère) y fait allusion : le doigt d’un enfant suffit pour la remuer, aussi bien qu’une autre pierre des environs de Pontivy, mais elles demeurent immobiles sous tous les efforts des époux trompés qui les consultent3. Il y a une centaine d’années la môme pratique avait lieu près de roches branlantes de la Brie et de quelques autres pays, et naguère encore elle était usitée sur un bloc des environs de Sarrebourg. Dans la vallée d’Arbey, non loin de Colmar, les maris se rendent au point du jour à une pierre placée en équilibre sur une pointe de rocher; ils se mettent dessous, et s’ils réussissent à la faire remuer en la touchant avec l’index seulement, c’est que la femme est fidèle ; mais si l’épouse au sujet de laquelle on l'interroge se trouve présente, l’oracle répond tout de tvavers 4.
Les consultations faites pour d’autres motifs sont plus rares. La pierre branlante du Yaudet (Côtes-du-Nord), appelée Rock Werhet , la roche aux Vierges, servait à prouver la vertu des filles; d’après une légende de Trégunc l’amoureux qui parvenait à faire remuer la pierre tremblante n’était pas aimé 3.
Les pierres branlantes sont quelquefois en rapport avec les éléments; on en voyait une dans les Pyrénées qui, lorsqu'on la mettait en mouvement, produisait le tonnerre et les tempêtes6. La Pierre folle, détruite dans la première moitié du XIXe siècle, se dressait non loin des Balais sur le roc le plus élevé. C’étaient deux énormes rochers dont l’un supportait l’autre, équilibrés de telle façon que le vent suffisait pour imprimer au bloc supérieur une oscillation marquée, que les paysans nommaient la danse ; ils tiraient des présages de cette danse, suivant qu’elle était plus ou moins vive: La Foulada dansa , auren be quoque ten, disaient-ils 7 .