‹ Le folk-lore de France (volume 2)Chapitre 61 sur 503 · Paul du Châtellier, 1. c · texte numérisé non relu

Paul du Châtellier, 1. c

LA FRICTTON

le ménage est assuré d’avoir des garçons. Autrefois les époux sans enfants se frottaient à ce menhir; à celui de Saint-Cado, près de Ploërmel, la femme seule vient encore se livrer à cette pratique. En Eure-et-Loir les jeunes femmes, pour être fécondes, se frictionnaient le ventre contre une aspérité de la Pierre de Chantecoq ; celles des environs de Simandre (Ain) accomplissaient cet acte sur le menhir qui s’y dresse. Pour accoucher tous les sept mois ( sic ) les femmes rendaient le même hommage à la Pierre longue près de Dax, dans les Landes. \ ers le milieu du XIXe siècle, celles du pays de Luchon, désireuses d’être mères, se frottaient contre un menhir sur la montagne du Bourg d’Oueil, et elles l'embrassaient avec ferveur1. Des paysannes allaient naguère encore, la nuit, dans un bois situé près de Saint-Laurent-lès-Mâcon et, après s’être dépouillées de tout vêtement jusqu à la ceinture, elles se frottaient le ventre contre une pierre levée pour avoir des enfants, et les seins pour avoir du lait2.

Le menhir adossé à la nef de la cathédrale du Mans est 1 objet d une observance dont les similaires mégalithiques sont rares. Les femmes désireuses d'être mères se frottent le doigt dans une sorte de cupule que l’on remarque sur son fût, à laquelle cet acte, répété souvent, a donné un véritable poli 3. Une pierre druidique sur la grève de Perros, à laquelle on s’adressait, il y a une centaine d'années, pour la guérison de plusieurs maladies présentait aussi à une hauteur d environ un mètre cinquante, un trou d’un pouce et demi de profondeur et asssez large pour permettre d y enfoncer facilement le doigt ; le fond et les bords étaient devenus lisses par un usage journalier 4.

L’usage thérapeutique de la friction est plus rare sur les mégalithes que sur les gros blocs naturels (cf. t. I, p. 338) ; cependant on le retrouve à Landunnevez (Finistère) où les pèlerins à force de se frotter l’épaule avaient rendue très lisse une échancrure du menhir de Saint- Samson ; ceux qui vont à Saint - Jean - du - Doigt, en passant par Guimaec, se frictionnent le dos contre la plus élevée des treize pierres d’un groupe mégalithique appelé Bez-an-Jnkinérez , tombeau de la Pileuse, aussi pour être préservés des rhumatismes. Beaucoup de

1. D’Ault du Mesnil, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 117-H8 ; G. Fouju. Ibid, t. X, p. 673; Tardy. Le menhir de Simandre. p. 3 ; J. -F. Bladé. Contes de Gascogne, t. Il, p. 377 ; Julien Sacaze. Le Culte des pierres au pays de Luchon, p. 903.

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