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LES BÊTES ET LES SAINTS

pas, disaient les vieillards, ils y venaient d’eux-mêmes. A Saint- Mathurin de Moncontour, on attache les cordes des cloches aux cornes des bœufs et des vaches ; ils sont préservés de tout accident, surtout s’ils ont pu faire sonner la cloche. 1

Les animaux domestiques ont été et sont encore associés dans une certaine mesure, aux fêtes chrétiennes. En Poitou, on chantait le Vendredi saint, après l'office, dans les écuries ou les étables, une sorte de psaume pour attirer sur les bestiaux la bénédiction du crucifié 2. C’est l’époque de Noël qui donne lieu au plus grand nombre d’observances. Dans le Loiret, pour que les bœufs engraissent facilement, il ne faut pas oublier de les envoyer boire la veille de cette fête, entre onze heures et minuit, au moment de la messe. Dans les Vosges on leur met du fourrage un peu avant le départ pour l’église ; en Sologne où les vaches s’agenouillaient pendant l’office, leur lait tarissait si on ne leur portait pas à manger avant qu’elles fussent relevées; mais il fallait marcher à reculons. Au XVII® siècle, on faisait boire les bestiaux au retour de la messe, avant de rentrer au logis et avant que de parler à personne. Dans l’Yonne, la Côte-d’Or, l’Ailier, pour leur conserver la bonne santé pendant le cours de l’année, on leur donne à manger avant de se mettre soi-même à table ; en Poitou, on ne doit se coucher qu’après leur avoir fait faire réveillon ; il en est de même dans la Gironde, où l’on raconte qu’un bouvier qui l’avait oublié mourut le lendemain 3.

Le nombre des saints auxquels on s’adresse spécialement pour les animaux domestiques est considérable, et il varie suivant les régions. En Berry où il y a bien d’autres pèlerinages, les bestiaux de toute sortes, lavés et ornés de rubans, défilent processionnellement, la veille de la Saint-Jean, autour de la chapelle du Fer à Saint-Plantaire ; dans le Puyde-Dôme, chacun mène le jour Saint-Roch, son bétail, et même les lapins en panier, près d’une croix en pierre, à laquelle sont pendus de nombreux morceaux de pain que le prêtre bénit et qui sont ensuite donnés aux bêtes ; à Prissac on célèbre chaque année, le 17 janvier une messe solennelle, à la suite de laquelle on dit des Evangiles pour la santé des cochons ; en Touraine la même cérémonie a lieu pour les moutons le jour Saint-Jean ; en Poitou pour le bœufs, le jour Saint-

1. E. Hamonic, in Rev. des Trad. pop. t. III, p. 219 ; Cte de Willeneuve. Slat. des Bouches-du-Rhône , p. 229; J. B. Andrews, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 213; Alex. Bouet. Breiz-lzel, t. I, p. 146 ; E. Thoison. Saint-Mathurin, p. 164.

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