‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 114 sur 506 · LES CHATS NOIRS · texte numérisé non relu

LES CHATS NOIRS

sont en relation avec des bossus qui complètent leur refrain '.

Les chats noirs sont des suppôts du démon, qui les a attachés à la personne qui a fait un pacte avec lui. Voici comment, en Basse- Bretagne, on se procure ce serviteur précieux : lorsqu’on a évoqué le diable à un carrefour où se réunissent cinq chemins, on voit accourir par celui qui est en face de l’opérateur un chat noir, et d’autres animaux par les trois autres ; l’un deux, et d’ordinaire c’est le chat, appartient à celui qui a vendu son âme et le suit pour rester à son service. Quand on veut qu’il aille quérir de l’argent, il faut, avant d’aller se coucher, placer près de lui une bourse remplie d’un seul côté et lui commander d’aller faire son devoir. Dès que la chandelle est éteinte, le chat se met en campagne emportant l’argent, et l’on peut être sûr de le voir le lendemain ou l’un des jours suivants, rentrer au logis avec le double de la somme qui lui a été confiée1 2. Mais il est nécessaire de soigner ces bêtes, de les nourrir et de les dorloter comme de petits enfants au maillot ; l’un d’eux ayant été un jour maltraité par son maître, un cultivateur des environs de Quimperlé, le diable accourut pour le venger, et Satan provoqua, en s’en allant la tempête qui, en mars 1903, causa tant de dégâts sur les côtes du Finistère3. En Gascogne, un homme nourrissait de viande de boucherie deux chats noirs qui étaient ses mandagols ; ils dansaient toute la 'journée, n’attrapaient pas de souris, mais lui apportaient chaque soir deux louis de 24 livres ; quand il se vit opulent, il les négligea et ils l'étouffèrent pendant une nuit de Carnaval 4.

Dans le Finistère on rencontre quelquefois le chat noir, à minuit, dans un carrefour ; c’est le diable qui a pris cette forme pour garder

1. G. Dottin. Les Parlers du Bas-Maine, p. 432 ; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 45-6 ; Contes, t. I, p. 310 ; en beaucoup de circonstances le9 chats annoncent la mort de l’un des leurs ; cf. Paul Sébillot. Trad., t. Il, p. 47 et suiv. Les chats courtauds d’Ille-et-Vilaine, qui sont de taille extraordinaire, tiennent conseil vers minuit sur les échaliers. Ils sont méchants et n’aiment pas à être dérangés. Quand un intrus trouble leur entretien, ils lui font subir mille avanies ; ensuite le président de la réunion se munit d’une longue aiguille et l'enfonce dans le cœur du patient, qui devient hypocondriaque et dépérit lentement (Paul Féval. Les Dernières fées, p. 178, notel. Je n’ai pas retrouvé dans la tradition ce rôle attribué aux chats par le romancier breton.

2. L.-F. Sauvé, in Rev. Celtique, t. V, p. 85-86. Voici un pdit fait qui montre la persistance de cette superstition : Un homme avait acheté d’une vieille femme, moyennant trois cents francs, un chat noir qui était réputé faire de l’argent; comme il ne donnait pas le résultat désiré, il l’assigna devant le juge de paix qui la condamna à restitution (F.-M. Luzel. Veillées bretonnes, p. 135, 136).

3. H. Le Carguet, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 200 ; Union agricole de Quimperlé, mars 1903.

4. E. Ducom. Nouvelles gasconnes , p. 39. Une religieuse racontait naguère à M. IL Gaidoz que le confesseur d’une vieille femme qui avait trop d’affection pour son chat lui ayant donné pour pénitence de le tuer, elle cria qu’elle ne le ferait pas ; la nuit suivante léchât se jeta sur elle et l’étrangla. ( Mélusine , t. IX, col. 221),

LES MAMMIFÈRES DOMESTIQUES

un trésor. Pour l’avoir, il faut se vendre à lui, et passer un contrat signé avec le sang du petit doigt gauche. On lui appartient après sa mort ; toutefois on peut lui échapper : ses marchés sont inscrits sur son cahier, mais il n’a un droit incontesté qu’à chaque neuvième inscription. Pour lui enlever son argent sans qu’il arrive de mal, il faut se munir d’une fourche de coudrier, de la pousse de l’année, d'une poule blanche sans aucune tache et de l’herbe d’or. Au carrefour on lâche la poule, le chat noir courra après ; la poule en se sauvant criera, et l’herbe d’or fera comprendre ses paroles et celles du chat noir quand il l’aura prise ; on saura où est le trésor, et on n’aura plus qu’à le déterrer avec la fourche '.

Il est rare que les moutons soient en relation avec la sorcellerie ; cependant on raconte en Haute-Bretagne que tous les soirs cinq de ces animaux, les uns blancs, les autres noirs venaient chez un bonhomme qui passait pour sorcier et ils avaient des entretiens avec lui dans une pièce à côté de la cuisine ; quand il mourut, sans confession, ses moutons le suivirent jusqu’au cimetière 1 2.

Le corps des animaux ou certaines de ses parties figurent dans la magie rustique : les chats, et surtout le chat noir y tiennent le premier rang. En Vendée ceux qui veulent faire un pacte avec Satan en mettent un à bouillir tout vivant dans une marmite. On dit en Basse-Bretagne que chacun d’eux a un seul poil blanc qui confère une grande puissance à celui qui le trouve3. En Normandie, en Eure-et-Loir, l’os frontal d’un chat complètement noir, en Haute-Bretagne, sa cervelle mangée toute chaude rendentinvisible celui qui les porte. On croit dans les Vosges que la patte gauche fraîchement coupée d’un chat noir, mise sans qu’il le sache, dans la gibecière d’un chasseur, l’empêche de bien viser. Le poil de bœuf rouge est employé en Poitou à bourrer les fusils qui doivent tirer sur les sorciers. Au XVIe siècle, la peau d’un chat noir servait à envelopper des parties d’animaux sauvages destinées à des sortilèges4.

Le cœur des bêtes de l’étable ou de la bergerie est associé à des opérations magiques qui ont quelquefois un caractère d’envoûtement : les sorciers du Loiret lardent celui du bœuf avec une aiguille, afin d’occasionner la mort de la personne qu’ils désignent en faisant cet acte ; dans la Beauce, il y a une centaine d’années, lors d’une épidémie, on cloua le

1. H. Le Carguet, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 199-200.

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