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LES ANIMAUX DORMEURS

Les proverbes : Dormir comme un loir, ou paresseux comme un loir, se rattachent à ce sommeil prolongé. Dans le Centre, il passe pour dormir sept ans de suite, comme les Sept dormants de la légende ; d’autres noms tels que Sot (sept) doirmant en pays wallon, Sé (sept) dormant , en Haute-Bretagne, se rattachent à la mesure de son sommeil, qui toutefois en ce dernier pays se borne à sept heures consécutives. C’est pendant le même espace de temps que le furet s’endort dans le terrier où il a sucé le sang du lapin 1 .

Divers mammifères qui appartiennent à d’autres genres sont l’objet de croyances analogues : on dit en Haute-Bretagne que l’hermine dort tout l’hiver et le blaireau six mois entiers. On a cru longtemps que la taupe sommeillait pendant la saison froide, et c’est probablement à cette opinion erronnée qu’elle doit le nom de Dormioué, qui lui est donné en Provence2.

Les paysans de la Bigorre disent que l’ours s’endort dans son repaire, dont il a eu soin de garnir l’entrée avec des branches pour en écarter le froid ; lorsque vient la Chandeleur, il sort, inspecte le ciel, et si le temps est beau, il retourne à son gite : l’hiver s’allonge de quarante jours s’il ne pleut ni ne neige ce jour-là3. Grâce au proverbe, dont il existe de nombreuses variantes, et qui constate cette croyance4, l’ours est le plus connu des animaux qui sont en relation avec cette fête ; mais on prétend en Limousin que le loup, si les mêmes conditions atmosphériques se présentent, ne quitte de quarante jours sa tanière ; en Lorraine, il y retourne pour six semaines 5. D’après un dicton sans indication précise de provenance, si la loutre aperçoit son ombre ce même jour, elle rentre pour quarante jours dans son trou6.

Pendant des périodes qui s’expriment aussi par des chiffres, le loup est impuissant à mal faire. En Berry on croit qu’il a pendant neuf jours la mâchoire libre, et qu’il peut manger ce qu’il rencontre, mais que pendant les neuf autres jours il lui est impossible de desserrer les dents

1. Paul Sébillot. T>'ad. de la Haute-Bretagne , t. II, p. 99 ; E. Rolland, 1. c. d’a. Jaubert. Gloss, du Centre ; J. Defrécheux. Vocab. de la Faune wallonne, p. 221 : Paul Sébillot, 1. c.

2. Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne , t. II, p. 98, 93; Gte de Villeneuve. Statistique des Bouches-du-Rhône , t. I, p. 838.

3. P. Rondou, in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 361. Au XVIe siècle on disait qu’il vivait tout l’hiver sans manger. (Laurent Joubert. Seconde partie des erreurs populaires, p. 257).

4. Il est sans doute plus ancien que le XVIIe siècle, où on le trouve dans le Calendrier des bons laboureurs pour 1618, sous cette forme :

Si fait beau et luit Chandelours Six semaines se cache l’ours.

(Leroux de Lincy. Le livre des proverbes français, t. I, p. 96-97).

5. M. M. Gorse. Au bas pays de Limousin, p. 231 ; Lucien Adam. Les patois lorrains, p. 386.

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