‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 160 sur 506 · PARTICULARITÉS DES NIDS · texte numérisé non relu

PARTICULARITÉS DES NIDS

du port, des milliers d’oiseaux voltigèrent autour ; quelques-uns même entrèrent dans la cabine où se trouvaient les saints voyageurs, et, parlant breton, les avertirent qu’un orage allait éclater. Saint Joseph comprenant leur avis, demanda une embarcation pour le reconduire à terre, et, pendant la traversée, ils chantaient autour de lui. Ils avaient sauvé la sainte Famille, car une tempête s’éleva presque aussitôt et le vaisseau fut submergé ; or ces oiseaux étaient des courlis, et Jésus, pour les récompenser, a permis que leurs nids ne tombent jamais sous la main cruelle des enfants. Dans l’Albret, la bécasse a le même privilège parce que, lors de la fuite en Egypte, elle effaçait les traces que laissaient les fugitifs ; en récompense la Vierge lui dit qu elle serait un oiseau distingué et que l’on ne pourrait jamais découvrir son nid *.

La huppe passe en plusieurs pays pour employer à la construction du sien des excréments humains, ou ceux de divers animaux, tels que la vache, le cochon ou le chien. Un écrivain ascétique du XVIe siècle parle de cette habitude : Le Diable fait comme la Houppe bastissant son nid en toute ordure et infection2. Nombre de proverbes l’accusent aussi de saleté, et beaucoup des interprétations de son chant parlent de la mauvaise odeur de son gite; en Haute-Bretagne, elle répète : Mon nid pute ! dans la Charente :

Puput, puput, puput,

Jhe seu bêle, mais mon nid put.

Cette particularité remonte, d’après une tradition de la Franche- Comté, à la sortie de l’arche : Noé donna à tous les oiseaux une leçon sur la manière de construire leur nid ; mais il oublia la huppe, qui, timidement, se tenait à l’écart. Elle se hasarda à lui demander avec quoi elle ferait le sien : « Avec de l’or », répondit Noé. La huppe n’ayant pas compris répéta sa question, et Noé lui dit :« Avec de l'argent ! » La huppe répéta encore sa question, et Noé impatienté lui répondit : « Avec de la merde ! 3 » A Guemené-sur-Scorff, la tourterelle ne sait pas non plus construire son nid et voici pourquoi: la pie avait l’obligeance de venir faire le nid de la tourterelle ; celle-ci, pendant qu’elle y travaillait, ne cessait de répéter : «C’est bien cela! — Malédiction! s’écria la pie, si tu le sais mieux de moi, fais-leL »

f. A. Bout, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 89 ; Elvire de Cerny, in Journal d'Avranches, juillet 1859, reprod. in Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 698 ; abbé L. Dardy. Anthologie de l'Albret, t. II, p. 11.

2. E. Rolland. Faune pop., t. II, p. 103 ; J. Lecœur. Esquisses du Bocage, t. I, p. 242; Léo Desaivre. Croyances , etc.,p. 27; Les six livres de similitudes tirées de toutes sortes d'animaux. Paris, 1577, in-8°, p. 39.

3. E. Rolland, 1. c. d’a. Joaain ; Léon Pineau. Le F.-L. du Poitou, p. 518 ; Perron, Proverbes de la Franche-Comté.

\. J. Loth, in Annales de Bretagne, 1888, t. III, p. 428,

LES OISEAUX SAUVAGES

Les campagnards wallons croient que les œufs de corbeau éclosent pendant la journée du Vendredi saint1.

■ Il est vraisemblable que la diversité de couleur des œufs est l’objet d’explications légendaires, et que celle-ci, qui vient de Basse-Bretagne, n’est pas unique : Les œufs du rouge-gorge sont bleus comme le ciel depuis que cet oiseau s’est montré compatissant lorsque le Christ agonisait sur la croix 2.

En Picardie ce n’est pas un œuf, mais une pierre aux couleurs brillantes qu’un oiseau appelé houpe pond dans son nid ; si on pouvait la trouver, on serait invisible en la portant sur ses vêtements. D’autres pierres sans avoir été pondues par l’oiseau possèdent le même privilège , comme celle qu’on trouve en Corse dans le nid du traquet ; et l’on dit dans le Luxembourg belge, que le tarin, au moyen d’une pierre connue de lui seul, parvient à dérober son nid à tous les regards 3.

Le nid que plusieurs oiseaux construisent le long des murs de la maison ou sur les arbres du voisinage est un porte-bonheur. En ce qui concerne l’hirondelle, la croyance est générale. Autrefois elle donnait lieu en Provence à une sorte de fête : le paysan qui la voyait s’établir sous son toit ne manquait pas de réunir ses voisins pour célébrer cet heureux évènement par des libations. Au XV* siècle, on disait dans le nord de la France: Quand une cygoingne fait son nyd dessus une cheminée, c’est signe que le seigneur de l’ostel sera riche et vivra longuement. Dans l’est, et surtout en Wallonie et en Alsace, ce nid présage du bonheur à la maison. Les nids des moineaux et ceux des pies constituaient un excellent pronostic : Se moussons gargonnent ou font leurs nyds, c’est signe de bon air et de bonne fortune ; et se la pie fait son nid en un pourpriz, c’est tout bon signe. Une croyance analogue est populaire en Haute-Bretagne : lorsque cet oiseau vient nicher dans le jardin d’une ferme où il y a des filles à marier, l’une d’elles sera épousée dans l’année ; en Beauce, c’est le nid du chardonneret qui a ce privilège. Au XVe siècle le nid d’hirondelle ne passait pas toujours pour un porte-veine : Quant vous voyez arondelles faire leur nyd en aucune maison, sachiez que c’est tout signe de povreté 4.

Le respect pour certains nids est entretenu non-seulement par le

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