LES OISEAUX SECOURABLES
tourterelle mourant de froid a été réchauffée par un garçon compatis. saut1 ; dans d’autres contes, une corneille prise au piège, un corbeau empêtré, un oiselet, un corbeau tirés des lacs, une fauvette dont le héros a ramassé le nid et les oisillons, donnent à leur sauveur une plume de leur queue 2. Le passant qui a fait un partage équitable entre des bêtes et des oiseaux, reçoit des plumes grâce auxquelles il peut prendre la forme du donateur, aigle, faucon, oiseau de mer, pie, etc. Le roi des éperviers vient en aide à un personnage qui a rassasié ses sujets3.
Quelquefois les oiseaux se montrent secourables sans que leur bienveillance ait été précédée d’un service, comme le chat-huant qui donne à un aventurier une plume qui transporte, la colombe qui porte à manger à une sainte, la pie qui nourrit la fille aux bras coupés, l’oiseau doré d’un conte alsacien4. Ils avertissent aussi des dangers: en Haute- Bretagne, un petit oiseau chante à une servante pour qu’elle se hâte de quitter un château prêt à s’écrouler ; en Lorraine, un hibou dissuade une jeune fille de son entreprise ; en Haute-Bretagne, un petit oiseau envoyé par une magicienne indique ce qu’il faut faire ; dans un conte du pays de Bitche, un moineau qui entend une jeune fille se plaindre d’être enfermée par sa marâtre, trouve moyen de la délivrer et de la marier; la reine des colombes vient au secours du pâtre qui l’a appelée et lui permet de prendre sa forme. D’autres oiseaux chantent pour découvrir une supercherie ou pour indiquer un nom difficile à retrouver 5.
Dans un conte wallon, un vieillard, qui est le roi des oiseaux, les convoque tous, et une hirondelle conduit le héros au château des Sept Montagnes. En Provence, un génie appelle aussi les oiseaux, de même qu’un ermite breton qui est leur maître, ou un prince qui est leur roi 6* L’oiseau assez puissant pour transporter un homme sur son dos à condition qu’on lui donne un morceau de viande chaque fois qu’il ouvre le bec, figure dans plusieurs contes ; dans un récit provençal un aigle rapporte des hommes sur son dos sans exiger de nourriture, et c’est aussi gratuitement que le merle blanc picard transporte le héros7-
1. Johannès Plantadis, iü Rev. des Trad. pop., t. XII, p. 536-537.
2. J. -F. Cerquand. Légendes , t. IV, 74, 93 ; F.-M. Luzel. Contes , t. I, p. 150; Paul Sébillot, in Alm. du Phare, 1892, p. 97 ; Contes, t. II, p. 206.
3. Webster. Basaue Legends, p. 81 ; E. Cosquin, t. I, p. 166; Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 61 ; H. Carnoy. Contes français, p. 277 ; F.-M. Luzel. Contes, t. I, p. 75.
4. Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 106, t. II, p. 195 ; W. Webster. Basque Leqénds, p. 209 ; A. Stœber, in Rev. des Trad. pop., t. III, p. 298.
5. Paul Sébillot. Légendes locales , t. Il, p. 55 ; H. Carnoy. Contes français, p. 204-208 ; Paul Sébillot. Contes des landes, p. 98 ; Ulysse Hinglais, in Rev. moderne, déc. 1867 ; F.-M. Luzel. Contes, t. II, p. 274, 276 ; Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 21, 300.
6. Louis Loiseau, in Wallonia, t. I, p. 157; H. Carnoy. Contes français, p. 37 ; F.-M. Luzel. Contes, t. I, p. 181; in Rev. des Trad. pop., t. III, p. 481 ; Paul Sébillot. Contes, t. III, p. 180, 185.
7. E. Cosquin, t. 11, p. 137 ; F.-M. Luzel, t. 1, p. 182, 331 ; in Rev. des Trad.
LES OISEAUX SAUVAGES
L’oiseau doré d’un conte d’Alsace vient à l’appel de celui qui l’invoque avec une form dette, et il lui fait les dons les plus variés ; l’oiseau de feu figure dans un autre récit de ce pays1. On trouve l’oiseau vert qui dit tout dans un conte littéraire du XVIIe siècle, et les oiseaux de vérité sont bien connus des conteurs modernes. Souvent il faut aller les dérober dans des conditions dangereuses ; la conquête de l’oiseau parleur d’un conte provençal, de l’oiseau chanteur d'un conte lorrain est tout aussi difficile2. Les contes parlent aussi d’oiseaux guérisseurs, comme le merle blanc qui ramène les vieilles gens à 1 âge de quinze ans, le merle blanc qui rajeunit, le merle d’or, l’oiseau qui guérit3. Des oiseaux pondent un œuf d’or, et celui quia mangé leur cœur trouve tous les matins un œuf d’or sous son oreiller ; en Haute Bretagne celui qui mange la tête de l’oiseau devient roi4. Dans un conte créole celui qui mange la tête d’un oiseau aura un sac d’argent tous les matins, celui qui mangera son cœur, un sac d’or tous les soirs 0.
La légende dorée populaire parle assez souvent d’oiseaux qui ont été conjurés par des saints à cause de leur importunité, et qui ne peuvent plus se montrer dans certains endroits. Landry évêque de Mâcon excommunia les passereaux qui entraient dans l'église Saint Vincent, la souillaient et troublaient les offices, en les menaçant de mort s’ils osaient enfreindre sa défense ; depuis ils l'ont quittée, et quoiqu’une multitude y aient fait leurs nids, ils ny entrent jamais , on disait même que si l'un d’eux y était introduit de force, il mourrait aussitôt 6. A Saint-Guillem du Désert il n y a plus de pies depuis que ce saint les a excommuniées, et si l’on y en apporte une, elle ne peut plus y vivre plus de trois jours. On ne voit plus d’hirondelles à la cathédrale de Clermont: elles ont été maudites par un évêque parce quelles faisaient trop de bruit pendant qu’il prêchait7.
non t III p. 382 : J. -F. Cerqaand, t. IV, p. 78 ; Paul Sébillot. Contes des Landes , d. 21-22 ; Contes, t. I, p. 46-47, t. III, p. 177, 186; A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 510 ; H. Garnoy, in Mélusine, t. I, col. 447, t. II, p. 147 ; H. Garnoy. Contes français, p. 38, 262, 264.
1. A. Stœber, in Rev. des Trad. pop., t. III, p. 298 ; Henry Carnoy, Contes Français, p. 91.
2 Mme d’Aulnoy. Belle Etoile ; L. Morin, in Rev. des Trad. pop., t. V, p. 737 ; E Cosquin, t. 1, p. 188; Paul Sébillot. Contes, 1892, p. 21 ; W. Webster. Basque legends, p. 177; F.-M. Luzel. Contes, t. III, p. 289; H. Garnoy. Contes français, p.
108 ; E. Cosquin, I, 34-35. ,
3. Auguste Gittée, in Wallonia, t. II, p. 27; W. Webster, 1. c., p. 44 ; Paul Sébillot. Litt. orale, p. 56 ; J. -F. Gerquand, t. IV, p. 88 ; A. Meyrac, p. 517 , Paul Sébillot. Contes, t. I, p. 3; H. Carnoy. Contes fr., p. 259; Cosquin, t. I, p. 262.
4. Paul Sébillot. Contes des Landes, p. 51, 55. Contes, t. I, p. 98; in Alm. du Phare, 1891, p. 116, 117 ; F.-M. Luzel. Contes, t. III, p. 50.