G. Le Calvez, in Rev. des Trad. pop., t. I, p
LES OISEAUX DOMESTIQUES
gelines. Dans les Côtes-du-Nord, on se contente en pareil cas de lui donner de l’ail1. Les préjugés relatifs à la génération ou au sexe de ces volatiles sont également peu nombreux. Les paysans poitevins disent que si l’oie ne s’accouple pas dans l’eau, les œufs pondus par la femelle seront stériles ; ils prétendent aussi que les canes changent de sexe quand elles sont vieilles 2.
Les oiseaux nés d’un œuf de poule déposé dans un nid de pie ont des propriétés particulières : en Poitou la poule qui en provient est excellente pondeuse ; si c’est un coq, il aura les oreilles blanches et aucun œuf de ses poules ne sera clair. Dans les Côtes-du-Nord, le coq-pie, éclos dans les mêmes conditions, chante toutes les heures régulièrement et peut servir d’horloge ; mais la poule est très méchante. Dans le Maine le cô-pie passe pour être très batailleur3. L’époque de l’éclosion des poussins influe sur leurs qualités : en Poitou, ceux nés en vieille lune ne sont jamais aussi forts que les autres ; dans l’Eure on élève difficilement ceux éclos en morte lune. Les coqs du Vendredi saint possèdent plusieurs privilèges : dans les Vosges ils croissent plus vite, sont plus vigilants, plus querelleurs et ont la voix plus éclatante que les autres ; en Hainaut, ils changent sept fois de couleur dans l’année, dans le pays de Liège, tous les ans seulement4. Les femmes, qui sont toujours chargées de chaponner les jeunes coqs, connaissent des moyens de les préserver de tout inconvénient : en Quercy elles se mettent à l’abri des regards indiscrets, parce que, disent-elles, si elles sont observées par quelqu’un, l’opération tourne mal et le chapon meurt ; en Normandie, elles ne manquaient jamais de faire avaler au patient les testicules qu’elles lui avaient enlevées5.
La croyance, encore générale aujourd’hui, d’après laquelle le pigeon n’a pas de fiel était populaire au XIVe siècle '.
Coulon est oisel gracieux.
Sans fiel est et moult amoureus.
Elle doit venir de ce qu’on a dit à l’origine que cet oiseau, symbole de la douceur, n’avait pas de rancune, de fiel. On aura pris à la lettre ce qui n’était d’abord qu’une manière de parler figurée fi.
1. Les Evangiles des Quenouilles , IV, 18 ; Lucie de V. H. in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 162.