‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 206 sur 506 · FACÉTIES AUX OISEAUX · texte numérisé non relu

FACÉTIES AUX OISEAUX

Les paysans croient que plusieurs oiseaux de basse-cour qui appartiennent à des espèces relativement peu communes et remarquables par leurs particularités ont des sentiments qui rappellent ceux des hommes. On prétend que le paon cesse tout à coup de faire la roue quand il jette par hasard les yeux sur ses pieds el devient tout honteux de les voir si laids ; en Hainaut, il se fâche si on les regarde. Au XVIe siècle, on lui adressait une sorte de compliment :

O qu’il est bon ! ô qu’il est beau !

Ainsi les enfans les pans louent

Quand panadans leur plumail rouent.

Ceux de la Picardie se figurent que le dindon et le paon sont sensibles à la louange comme au blâme; ils leur crient à plusieurs reprises: « Qu’allé est belle ! » dans l’espoir de leur faire faire la roue. Ce moyen ne réussit guère et l’enfant crie en se sauvant : « Qu’allé est laite ! » On dit en plusieurs pays que le coq d’Inde se met en colère quand on l’appelle: Jésuite ! en Haute-Bretagne, lorsqu’on lui répète : « Plus rouge que toi ! » On assure en Hainaut qu’il a de l’aversion pour la couleur rouge, et que sa vue seule suffit pour l’irriter. En Haute-Bretagne, il se rengorge qüand on lui dit : « Glou, glou, glou ! » Une allusion d’un poète du XVIIe siècle montre qu’on lui récitait une formule analogue :

... Le Juif errant qui se guindé

Ne plus ne moins qu’un grand coq d’Inde

A qui l’on dit : goulu, goulu1!

Les ménagères connaissent plusieurs pratiques destinées à corriger les oiseaux qui reprenant, par une sorte de régression, le goût d’une existence indépendante, s’écartent de la maison. Celle-ci était usitée au XVe siècle : Pour faire que une geline ne laisse point ton hostel, prens la geline et la tourne par trois fois autour de la crameillie, puis frotte les piez du poulet au mur de la cheminée. A Spa, on empêche la poule d’aller pondre dans les bois en la forçant à gratter le contrecœur de la cheminée, tout en disant :

Poule, ponds pour moi Et gratte pour moi 2.

Au XVIIe siècle, pour détourner les poules de s'écarter, on faisait le matin, comme cela se pratique encore en Lorraine et en Poitou, une

1. E. Rolland. Faune pop., t. VI, p. 149; A. Harou. 'Afe7. de Lraditionnisme, p. 45; Baif. Les Mimes, t. II, p. 96, éd. Blanchemain ; Aldus Ledieu. Trad. de Demuin , p. 117, mêmes formules en Wallouie ; J. Defrécheux. Les Enfantines liégeoises, p. 175 ; E. Rolland, 1. c. p. 146; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 240 ; A. Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XV11I, p. 209 ; d’Esternod. L'Espadon salyrique. Cologne, 1680, p. 86.

2. Les Evangiles des Quenouilles. App. B. II, 32; cf. Thiers. Traité des Sup. t. I, p. 275 : la poule était simplement tournée autour de la crémaillère ; A. Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 110.

LES OISEAUX DOMESTIQUES

croix à la cheminée ; aux environs de Dinan, on place deux branchettes en croix sur la roule que la vagabonde a l’habitude de prendre ; elle ne peut les franchir, et elle est obligée pour se débarrasser de son fardeau de rentrer au poulailler. Dans les Deux-Sèvres on attache un ruban rouge à la patte de ces poules ; en Lorraine, on leur donne à manger des miettes d'un morceau de pain béni dans trois églises différentes, ou on leur pique la tête à plusieurs reprises avec une épingle. Au XVIIe siècle, on mettait la pellicule d’un œuf à sécher dans la cheminée *.

Le colombier est l’objet de plusieurs pratiques : en Wallonie pour qu’un pigeon que l’on a acquis ou volé ne retourne pas à son ancien maître, on lui arrache la huitième penne d’une aile, et on l’attache à une paroi du pigeonnier. Au XVIe siècle, les pigeons ne s’enfuyaient pas si l’on mettait sur la tour une tête de chauve-souris ou un rameau de vigne vierge. En Hainaut, on les attire ou on les retient en plaçant dans les colombiers de l’huile d’aspic faite avec de la grande lavande. On croit dans la Côte-d’Or qu’ils abandonnent celui où une fouine est entrée ; pour les faire revenir on y suspend un renard mort. Au XVIe siècle, on conseillait, pour éloigner les bêtes qui font la guerre aux pigeons, de pendre dans leur demeure la tête d’un loup qui par son odeur et sa figure les chassait, ou de poser un rameau de rue aux fenêtres et aux portes ; on plaçait encore à toutes les ouvertures des tronçons de la corde d’un pendu . Une autre recette consistait à prendre les petits d’une buse, à les enclore chacun à part dans des vases de terre, puis, les ayant bien étoupés de plâtre, les mettre au coin du colombier 2.

Dans les chapitres précédents, j'ai donné les pratiques assez nombreuses destinées à garantir les hôtes du poulailler de la dent des carnassiers ou du bec des oiseaux de proie. Au XVIe siècle, on recommandait, pour empêcher les poules d’être mangées du renard, de mêler parmi leur mangeaille de la chair de ce carnassier cuite et divisée en petits morceaux, et l’on disait qu’elle retenait quelque odeur qui était cause que les renards n’osaient approcher d’elles 3.

Quelques saints exercent aussi une protection efficace : Au XVI* siècle les oies n’avaient pas moins de trois patrons: Les uns disent que saint Fereol est le plus habile du monde à garder les oyes ; les autres disent que c’est à faire à saint Andoche, ou qu’il faut en

1. J. -B. Thiers, 1. c. ; Richard. Trad. de Lorraine , p. 245 ; Léo Desaivre. Croyances, p. 4; Lucie de V.-H. in Rev. des Trad. pop., t. XIX, p. 162 ; Léo Desaivre, 1. c. p. 16, Richard, 1. c. p. 245 ; J. -B. Thiers, 1. c. t. I, p. 384.

2. E. Monseur. LeF.-L. wallon , p. 15; Maison rustique, 1597, 1. I, 22; Alfred Harou. LeF.-L. de Godarville, p. 14; E. Rolland. Faune pop., t. VI; p. 137; Maison rustique, 1. c. ; Olivier de Serres. Théâtre d’ agriculture. Lieu V, eh. 8.

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