ORIGINE ET PARTICULARITÉS TRADITIONNELLES
D'après les légendes bretonnes de création dualiste les reptiles sont la contrefaçon diabolique de l’œuvre dé Dieu : Lorsqu’il eut créé l'anguille, le diable fit la couleuvre, et quand le Créateur eut fait les poissons, Satan fit les serpents qui vivent dans l’eau1.
Quelques reptiles ont été, postérieurement à l’origine des êtres, privés dans des circonstances légendaires, de certains de leurs organes. On raconte en Picardie que lorsque Dieu eut tiré une côte à Adam pour créer la femme, il la déposa à côté de lui pendant qu’il recousait la plaie. Le serpent, s'en empara furtivement, et comme à cette époque il avait des pattes, il s’enfuit rapidement. Dieu envoya à sa poursuite l’archange saint Michel qui réussit à lui saisir les pattes ; mais le serpent se dégagea par un violent effort, en les lui laissant entre les mains. L’archange les rapporta au Père Eternel qui souffla dessus et créa ainsi Eve ; voilà pourquoi la femme est perfide, et c’est aussi depuis ce temps que le serpent n’a plus de pattes 2.
Suivant une croyance générale en France, constatée par la plupart des noms patois ou dialectaux de l’orvet ( anguis fragilis L) et aussi par des dictons, ce petit serpent est aveugle 3 : des récits populaires que j’ai donnés au chapitre des Oiseaux sauvages disent qu’il a perdu la vue pour s’être trop fié au rossignol ; celui-ci lui a emprunté ou dérobé ses yeux et a ensuite refusé de les lui rendre. Le crapaud avait autrefois une queue : d’après les paysans du Languedoc, de la Gironde, de l’Armagnac et des Landes, il l’a cédée à la taupe qui, en échange, lui a donné ses yeux4. On raconte aux environs de Dinan que jadis les crapauds étaient de couleur verte, et que, comme les grenouilles de ce temps, ils étaient pourvus d’une queue ; ils ont perdu ces avantages