‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 254 sur 506 · A. Orain. Le F.-L. de l'Ille-et-Vilaine , t. II, p · texte numérisé non relu

A. Orain. Le F.-L. de l'Ille-et-Vilaine , t. II, p

278 les reptiles

Morvan, et on parle aussi au serpent au féminin ; quand on en rencontre il faut le regarder en face et lui dire : « Te voilà, servante du Peut ; je te dis que Noël était (indiquer le jour de la semaine de la dernière fête de Noël) et je t'ordonne de ne pas aller plus loin ». Dès qu’elle, a entendu ces mots, la mauvaise bête rebrousse chemin. En Poitou, on récite ce verset des Psaumes : « Tu marcheras sur l’aspic et le basilic »r et lorsqu’on a fait un signe de croix le serpent fuit. Au XVIe siècle, on le récitait dans son texte latin: Super aspidem etc ; et le baron de Fæneste qui parle gascon et indique des recettes de magie dit : à prendre les serpens bou abez : Et conculcavis leonem et draconem l.

On emploie aussi pour arrêter les reptiles, une sorte de mimétisme qui est en relation analogique avec leur forme : Dans la Gironde et en Saintonge, on enroule quelque chose, le plus souvent son mouchoir ou son tablier. Les paysans des Deux-Sèvres tordent leur mouchoir en forme de serpent au repos et chantent d’une voix langoureuse en regardant la couleuvre : « Je t’endors, belle demoiselle, je t endors ». Lorsqu’une femme replie un coin de son tablier, à la vue d un reptile, il ne peut se traîner et on l’assomme facilement 2 3 4. Pour se garantir de la salamandre, les habitants du Vivarais ôtent leur veste et en mettent les manches en croix en disant :

Lebreno que lebrénoras Lo crous soubve tuaouras.

Dans la Loire-Inférieure, celui qui croit savoir conjurer les serpents prend un jour une vipère et fait sur elle trois signes de croix en prononçant successivement en trois mots : « Ozi, oza, ozoa ».

Certaines essences d’arbres, parfois même des plantes fragiles, font périr les serpents, sans qu’il soit besoin de leur en donner des coups violents. En Poitou, on tue sans peine un reptile en le frappant modérément avec un brin de noisetier n’ayant jamais eu de fruits ; en Ille-et- Vilaine, toute baguette de ce bois est bonne pour le mettre à mort. En Haute-Bretagne, l’aspic frappé avec un brin de fougère crève aussitôt; dans la Loire-Inférieure, on tue raide l’orvet de la même façon \

Les ménagères connaissent des moyens d’empêcher les reptiles de s’introduire dans les étables pour sucer le pis des vaches. Celles de Haute-Bretagne les éloignent en mettant du sel sur les litières neuves,

1. Tabourot. Les Bigarures du sieur des Accords. Paris, 1662, p. 506 ; E. Rolland, p. 32 ; l, Pineau. Le ' Folk-Lore du Poitou , p. 514 ; Les Bigcinires , 1. c. ; Agrippa d’Aubigpé. Les Aventures du baron de Fæneste , p. 65.

2. F. Daleau. Trad. de la Gironde , p. 61 ; J.-M. Noguès. Mœurs d'autrefois en Saintonge , p. 177 ; E. Rolland, Faune pop ., t. 111, p. 32 ; R. Souché. 1 roverbes , etc., p, 16.

Page 1