‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 288 sur 506 · LES ABEILLES EN DEUIL · texte numérisé non relu

LES ABEILLES EN DEUIL

fait; meurt-il, il reste silencieux pendant six semaines en signe de deuil ; en Ille-et-Vilaine, il ne chante pas dans le logis où il y a un cadavre. Dans les Côtes-du-Nord, s'il s’agit du chef de la famille, il est muet pendant six mois h

Les abeilles portent dans le Morvan, le nom de Moinces du bon Dieu , qui indique la considération que l’on a pour ces diligentes ouvrières1 2. On croit en plusieurs pays qu’il y a relation entre la prospérité des ruches et la santé de leur maître ; dans la Gironde, le nombre des abeilles diminue à mesure qu’il vieillit ; s’il meurt, Yesspneau s'en va; en Ille-et-Vilaine, les mouches à miel meurent dans l’année ou ne profitent plus; dans l’Auxois, en cas de décès ou de départ des maîtres elles dépérissent ; dans les Deux-Sèvres, quand il meurt une ruche, il meurt quelqu’un dans la maison3.

Les avettes sont informées des événements qui intéressent la famille. En Basse-Bretagne, à la naissance d’un garçon, on entoure la ruche d'une étoffe rouge ; dans le même pays, dans la Gironde, dans les Vosges, la Corrèze, le jour du mariage, on y attache un morceau d'étotïe voyante, surtout rouge ; en Basse-Cornouaille, il est taillé dans la robe de noce ; dans le Bocage normand et à Guernesey, le toit de chaque ruche est paré d’un morceau de linge blanc. En Basse-Bretagne, quand il y avait une réjouissance ou lorsque la moisson était plus belle que de coutume, on plaçait sur le rucher un drap ou un ruban rouge4 5.

Suivant un usage général en France, dans la Wallonie et la Suisse romande, on met les abeilles en deuil lors du décès de leur propriétaire. Au XVIIe siècle, on couvrait les ruches d’un drap noir, de peur qu elles ne mourussent faute de porter le deuil de leur maître3. En certains pays on va leur annoncer qu'il a trépassé. En Eure-et-Loir, avant de prévenir le maire ou le curé, il faut, pour empêcher les abeilles de périr ou de s’en aller, leur mettre des rubans noirs en disant: « Abeilles, petites abeilles, je viens vous avertir que votre maître est mort ». En

1. Paul Sébillul, 1. c., p. 294; Richard. Trad. de la Lorraine, p. 144 ; J. Defrecheux. Vocabulaire , p. 153; H. Labourasse. Anciens us., elc. de la Meuse, p. 183; L.-F. Sauvé. Folk-Lore des Hautes-Vosges, p 315; F. Duine, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 403; Paul Sébil lot, 1. c.

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