‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 328 sur 506 · G. Le Calvez, in Rev. des Trad. pop., t. I, p · texte numérisé non relu

G. Le Calvez, in Rev. des Trad. pop., t. I, p

LES POISSONS

grise, appelée sauterelle ; pour cela, il suffit d extraire délicatement deux petits appendices situés près de la tête ; avec un peu de bonne volonté, on arrive à distinguer Eve d'Adam par la longueur difïérente de ce qui simule leurs cheveux. Aux tenvirons de Saint-Malo, on fait voir dans l’intérieur de la tête du homard la \ierge avec deux anges .

En plusieurs pays, notamment en Haute-Bretagne et en Poitou, le bopyre parasite qui produit sur la tête de la crevette une excroissance ronde passait pour contenir une petite plie ou limande, pai fois une sole2. Certaines personnes croient que la langouste est la femelle du homard, et le bouc le mâle de la crevette, qui est appelée chevrette. Les pêcheurs des environs de Saint-Malo disent que le homard est 1 ami du congre, parce qu’on les trouve assez fréquemment dans le même trou. Sur les côtes de la Manche, le Bernard l’Ermite est regardé comme venimeux ; si on porte la main à ses yeux après avoir touché à un poisson qu’il a tué pour s’emparer de sa coque on s’expose à une maladie incurable 3. Les présages tirés des gestes des crustacés sont assez peu nombreux. Lorsque dit un écrivain maritime du XVIIe siècle, les cancres saisissent, des pierres entre leurs serres ou s’enfoncent dans le sable, c'est l’indice de quelque tempeste pluvieuse. En Haute-Bretagne on croit que quand on voit les puces de mer (talitres) sauter sur le sable, le dimanche, il fera beau pendant huit jours \

Suivant une croyance générale les crustacés ne sont pas aussi pleins de chair dans le décours ou dans le croissant qu à la pleine lune.

Certains pêcheurs du littoral delà Manche, regardent les ciabes comme des espèces de génies de la mer ; ils assurent qu ils ont de l’influence sur la pêche et qu’ils forcent les poissons à venir mordre aux lignes ; ils peuvent aussi leur défendre d y toucher ; quand ils ne prennent rien, ils attribuent leur malechance à ces crustacés et ils disent : « Nous sommes maudits des crabes. » La locution cancalaise . être maudit ou protégé des carnibeaux (Bernards 1 ermite) ou des crabes, suppose une croyance analogue. Plusieurs en sont tellement persuadés, que lorqu’ils les rencontrent sur la grève, ils ne manquent pas de les écraser en disant :

1. A. Bout, in Rev. des Trad. pop ., t. XVil, p. 161 ; Paul Sébillot. Jrad , t. 11, p 257

'2. È. Rolland. Faune pop., t. 111, p. 105 ; Paul Sébillot. Trad., t. U, p. 256 ; Léo

Desaivre. Croyances, p. 29.

3. Paul Sébillot, 1. c. p. 254, in Rev. des Trad. pop., t. II, P- 304. S. b. b. le commentateur de du Bartas, dit que le peuple du Languedoc et de 1 rovence le sur^ nomme Bernard, par un sobriquet donné à ceux qui s’appellent ainsi, et qu on tient pour gens de cerveau léger, car ils disent que ce poisson est bien sot de se cacher és maison d’autry, ayant moyen de vivre et de se défendre en la sienne. 1 Les œuvres de G. de Salusle du Bartas. Paris, 1611, in-f° p. 229. Ou a vu t. I, p. 24, crue ce sobriquet est attribué avec le même sens à 1 homme dans la lune.

4. Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. II, p. 62 ; Le P. Fournier. Hydrographie, 1. XV, c. 32 ; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 272.

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