E. Rolland. Faune populaire, t. III, p
5. D'Emery. Nouveau Recueil de Curiositez, t. I, p. 60, t. II, p. 268 ; A. Hock. Croyances el remèdes, p. 29-30.
LES POISSONS
soleil, pour l’espace de dix jours, puis ils arrosoient les graines par deux fois, l’une avant que les semer, l’autre huit jours après 1 .
Les crustacés figurent rarement dans les contes : on n’a pas retrouvé dans la tradition les épisodes du début de la Biche au bois : une reine qui se lamentait de n’avoir pas d'enfant voit sortir d’une fontaine une grosse écrevisse ; c’est une fée qui y vit sous cette forme et lui indique le moyen de devenir mère ; ayant été oubliée au moment de la naissance de l’enfant, elle le soumet à une condition difficile à réaliser2.
On raconte en plusieurs pays que des gens voyant pour la première fois uncrustacé leprennent pour le diable. Un conte du XVIIe siècle semble fondé sur une croyance analogue : Le cancre qui ne demandoit qu’à sortir [du pâté] ayant été enfermé un jour entier prend l’homme par le nez et s’y attacha si fort qu’il fut presque impossible de luy faire quitter prise. Ce pauvre bonhomme croyant que ce fut quelque diable, s’écria d’une étrange façon: Vade Sathanas!* Dans les Joyeuses histoires des Jaguens (SL-Jacut de la Mer, Côtes-du-Nord), un homard ayant sauté d’une charrette de poissonniers dans la rue du village est aussi pris pour le diable par des pêcheurs auxquels il était inconnu; ils vont chercher leur recteur qui leur dit qu’il va les en débarrasser, et qui l’emporte au presbytère où il le fait cuire et le mange 4.
§ 5. LES MOLLUSQUES 5
En Basse-Bretagne, c’est le Diable qui a créé le minard ou pieuvre. A Boulogne, les plaisants disent que les sèches sont de l’écume de mer solidifiée ; en Haute-Bretagne, les méduses sont nées de la crasse de la mer. Au XVII8 siècle, on croyait que le calmar était le mâle de la sèche. Quelques pêcheurs de la baie de Saint-Malo prétendent que la margate ou sèche ala figure d’une personne 6.
Les pêcheurs de la Manche exècrent les pieuvres ; ils les injurient et les appellent mangeuses de moules et enfants du diable. Ils s’amusent à leurs crever les yeux, ou à les enfiler dans un morceau de bois et à les rejeter à la mer, et ils leur adressent des formulettes d’imprécation. Cependantilssemblentcroirequ’elles peuvent leur porter chance ; on disait aux environs de Saint-Malo qu’un pêcheur prenait