EMBLÈMES
Les fruits, les feuilles ou les arbres eux-mêmes jouent un rôle considérable dans les coutumes et les divers actes de la vie humaine, et souvent, ils ont un sens emblématique bien connu de toute une région : dans plusieurs villages du pays de Beauraing, les jeunes fîlies donnent des noisettes aux galants qui viennent les voir le jour de l’an, et cet usage est si bien passé dans les mœurs, que ces derniers, au lieu de dire : Je vais souhaiter la bonne année à une telle, disent : Je vais chercher mes noisettes. Cette même coutume a lieu à Givet (Ardennes) la veille de Noël ; les jeunes filles donnent plus de noix ou versent une plus grande rasade de vin au garçon qu’elles préfèrent2.
La pomme sert, dans quelques communes du pays de Redon, aune sorte de communion amoureuse ; celui qui va demander en mariage une fille qu’il connaît depuis son enfance, a soin de se munir d’une pomme, et quand il se trouve avec elle, il y mord en disant:
M’aimes-tu? m’aimes-tu pas?
Si tu m’aimes, mords dans mon mias !
Si la fille accepte, le mariage est décidé ; si elle refuse, tout est rompu 3. Lors de la demande en mariage, des fruits servent, sans qu’il soit nécessaire de parler, à faire connaître comment elle sera accueillie : en Berry si le « menon » qui accompagne le jeune homme trouve, en remuant le feu avec son bâton, une pomme sous les cendres, il doit bien augurer de la négociation. Dans les Landes, lorsque au repas qui suit une demande en mariage la jeune fille présente au dessert un plat de noix, c’est signe d’un refus4.
Les branches et les fleurs sont aussi associées aux diverses phases du mariage : en plusieurs localités du Languedoc on décore de guirlandes de myrte et de laurier et d’une couronne de fleurs la porte de l’habitation des époux. Dans le Gers on distribue aux hommes qualifiés de la noce un bouquet au centre duquel est une petite orange verte piquée au bout d’une baguette, et qui s’appelle le fiançalhoun \ En Béarn existait
1. E. Rolland. Flore pop., t. 111, p. 277 ; A. Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XVI 1, p. 599 ; Abbé Camille Daux. Croyances du Montalbanais, p. 13 ; abbé L. Dardy. Anthologie de l'Albret, t. 1, p. 273 ; Vulson de la Colombière. Le Palais des Curieux, p. 50 ; Auricoste de Lazarque, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 580 ; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges, p. 29.
2. O. Colson, in Wallonia, t. IV, p. 6-7; E. Rolland. Flore pop., t. IV, p. 61.