LES MAIS
fille est à marier ; mais dans les Vosges, la plus sanglante injure que l’on puisse faire, c’est de planter devant sa porte une branche de cet arbre. On dit en eflet, d’une dévergondée : C’est un cerisier, chacun peut se pendre à ses branches et se régaler à peu de frais ; en Wallonie, où ce mai est aussi injurieux, c’est une allusion au cerisier des pauvres, dont on dit en proverbe que tout le monde monte dessus; c’était un arbre au bord d un chemin et dont les fruits appartenaient au passant1. En Berry, le mai d aubépine fleurie est un hommage gracieux à la jeune fille ; à Allâmes (Somme) son dicton est : De l’épeine, je t’aime 2. Les mais composés d’arbustes secs ou épineux ont un sens en rapport avec leur nature : les garçons du Berry placent des épines sèches devant la maison des filles peu aimables ou mal famées ; dans la Meuse, le buisson d’épines introduit dans le tuyau extérieur de la cheminée a une signification insultante ; en Wallonie prussienne, on en accroche un à la, porte des filles de mœurs équivoques. Dans les Côtes-du-Nord, celles qui ont mauvais caractère trouvent une branche d’épines ou d’ajoncs, dans l’Yonne, un églantier, dans les Vosges et dans le Vimeu, un rameau de houx. A Jeumont, on honoreMes filles sages en environnant leur maison de branches de bouleau ; dans l’Yonne, on offre à celles qui sont sympathiques, un rameau de charme ; dans les Vosges, un garçon qui veut être agréable à une jeune fille met an-dessus de sa cheminée une branche de laurier 3. Dans le Blaisois, les garçons gratifient d’une ramille de sureau les jeunes filles qu’ils accusent de manquer de franchise ; en Picardie, ce mai a pour but de tourner en dérision celle devant la porte de laquelle il est placé ; en Wallonie, il indique une conduite légère Y Au moyen âge, sa signification était méprisante, ainsi qu’il résulte d’un procès du XIVe siècle, fait par une jeune fille à un garçon qui, la nuit Saint Nicolay, avoit mis à sa maison une branche de seur.. en disant qu’il n’avoit mie bien fait de ce faire, et qu’elle n’estoit mie puante, ainsi que le dit seur le signifioit. A Allaines (Somme) le sureau a encore le même sens : Du séü, tu puesB. Aux environs de Liège, un mai d’aune indique que la jeune fille a une
p. 45 ; Henri Bragard, in Wallonia, t. VII, p. 83; G, Boulanger, Le village d’AHaines p. t§6; E. Monseur, Le F.-L, Wallon , p. 128. V ’
Fi^1Cri32dX//7'ï>^feT"Z’ 15 • 5? ) .^•-F*Sauvé- Le F.-L. des Rautesvosges, p. 132 , Bull, de la Soc. liegeoise de litt . wallonne, t. X p 124
t \ «aiSMel dr Jr Sa,lh' Cr7' du Centre' 4* IL P- 16 Dejardin,' ©icf! des spots t. l, p. 124 ; C. Boulanger, 1. c. ^ >
3. Laisnel de la Salle, 1. ç. ; H. Labourasse. Anciens us. etc. de la Meuse, p, 109 - Heur Bragard, m Wallonza t. VII, p. 83j; Paul Sébijlot, in Rev, des Jràlpop t VIL p. 100 ; C. Moiset. Usages de VYonne , p. 45 ; L.-F. Sauvé, p. 132 • Lucienne Chantereine, in La Picardie, mai 1903 ; J. Defrecheux, in Wallonia, i. I p 78 • G Moiset, 1. c. ; L. F. Sauvé, 1. c. ’ ‘
XVl ?'}?■•, Ql°*?a7e du Blaisois, p. 311 ; F. Mallet, in Rev. des Trad. pop t XVI, p. 376 ; J. Dejardin. Dict. des spots, t. I, p. 121. PuP-i i-
d'AUaiî?s*T: US.88' mediœ latinitatis cité Par Thibault ; C. Boulaüger. Le village
lesTarbres
mauvaise conduite. A Moncontour-de-Bretagne, une branche de pommier est accrochée à la porte des filles qui ont la réputation de boire. Dans la Meuse, les amoureux pour se venger mettent à la porte d’une insensible un saule ou un sapin effeuillé. Dans l’Yonne, on place un lilas à la maison des jeunes filles malpropres1. Dans le Vimeu : Mai de fusain, ch’est une putain. En Ille-et-Vilaine, celui de thym a la même signification, peut-être due à la rime : s il y a des fleurs ou des boutons au mai d’épines blanches, la jeune fille n’est plus vierge. Aux environs de Dijon, un bouquet de fleurs de tilleul placé pendant la nuit à la fenêtre d’une jeune fille indique qu elle boit du tilleul, c est-à-dire qu’elle est enceinte 2.
Les garçons expriment leur état d’âme à l’aide de fragments d arbustes ; dans les Bouches-du-Rhône une branche de thym était une déclation d’amour. Dans les campagnes liégeoises le mai de frêne, celui de buis et celui de chêne signifient : Je vous aime ; en Ille-et-Vilaine un mai de chèvrefeuille, en patois cher feu, veut dire : Ma chère fille. Ailleurs comme dans la Meuse, la signification du mai est basée aussi sur des jeux de mots ou des assonnances : le hêtre, il te hait ; le tilleul, il te veut, le charme, tu me charmes, l’aunaie (aune) je t’aurai, le sau (saule) je te vaux, la boulie (bouleau) je t oublie. Aux environs de Liège, un mai d’aune signifie : je t’abandonne 3.
Les branches et les bouquets constituent aussi une sorte de langage amoureux : A Bordeaux, si le jour de la Saint Florent (24 décembre), un garçon offre une branche ou un bouquet de gui à une jeune fille, celle-ci peut-être assurée qu’il l’épousera dans 1 année 5 une branche de romarin était la plainte de l’amant provençal4.
Dans plusieurs villages de l’Aube, le premier mai, des fleurs jaunes du genêt sont répandues dans les rues, de façon à former une sorte de chemin entre diverses maisons, qui indique les accointances amoureuses que l’on attribue à ceux qui les habitent. En Saintonge, le galant
évincé par une jeune fille, et vice versa , va, avant le jour, jonchei de branches et de feuilles de lierre le chemin par où doit passer la noce. En Saône-et-Loire, quand une jeune fille a été délaissée par son amant, ses camarades vont placer clandestinement des branches de saule devant la porte de l’abandonnée ; anciennement c’était de la sauge b.
1. Alfred Harou, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 600 ; Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. VII, p. 100; H. Labourasse. Vieux us etc. de la Meuse, p. 100,
^2. Aldus Ledieu, in La Picardie, mai 1903 ; Paul Sébillot. Coutumes , p. 188, E. Rolland. Flore populaire, 1. 111, p. 129. , m , Harmi ir,
3. Ctede Villeneuve. Statistique des Bouches-du-Rhône , t. III, B- 258 » A- Harou, m Rev des Trad. pop., t. XVII, p. 600 ; i. Dejardin, 1. c. ; Paul Sébillot. Coutumes, p. 188; H. Labourasse. Vieux us etc. de la Meuse, p. 108-109 ; J. Dejardin, 1. c.
V 4. G. de Mensignac. Sup. de la Gironde , p. 123 ; Cte de Villeneuve, 1. c.
5 J.-M. Noguès. Mœurs d'autrefois , p. 6; F. tertiault, in Rev. des T) ad. pop., t. II, p. 266, t. IV, p. 157.