INFLUENCE DU SEMEUR
racines ou du fruit de certains légumes a vraisemblablement suggéré l’idée que la tète de celui qui les sème peut influer sur leur développement : en Lorraine le semeur de navets ne doit être ni fier ni orgueilleux, et pour en avoir de très gros, il doit placer sa tête entre les paumes des mains ou réunir, bien fermés, les deux poings ; dans les Hautes- Vosges, il faut qu’avant de commencer, il se la serre entre les deux mains et dise : « Dieu veuille que les navets que je sème deviennent aussi gros que ma tête ! » Ailleurs il suffit qu'il ait la tète forte : en Limousin, il en recueillera d’aussi gros que des citrouilles. Dans le Bas-Quercy, les raves pour devenir très belles doivent être également semées par quelqu'un qui présente cette particularité 1 . En Lorraine, pour récolter des carottes aussi grosses que la cuisse, ceux qui les sèment ont soin de toucher fréquemment cette partie de leur corps; quelques-uns prononcent aussi ces paroles: «Gros comme ma cuisse, long comme ma cuisse » ; dans les Hautes-Vosges, on fait le signe de la croix, et l’on s'empoigne la cuisse droite à deux mains en disant : « Dieu veuille que les carottes que je sème soient aussi grosses, grosses, grosses que ma cuisse 2. » Dans la Suisse romande le chanvre devient beau et long s'il est semé avant midi, par une personne de grande taille ; dans la Gironde, on obtient du violier double en le faisant semer par une femme enceinte, à la condition qu’elle ne connaisse pas la graine qu’elle répand sur la terre3.
Aucune plante potagère ne tient plus de place dans le folk-lore que le persil : au XVIIe siècle, on le faisait semer par un enfant, par un imbécile, par un insensé ou par quelque autre personne qui n'avait point de chagrin, dans la créance qu'il venait mieux que s’il était semé d'une autre main. Cet usage est encore pratiqué dans la Beauce et en Périgord 4. Dans les Vosges, on dit que le persil vient après les sottes et le cerfeuil après les sales ; c’est-à-dire que la semence de ces plantes doit être enfouie par une personne simple ou folle, ou pour le cerfeuil par une personne malpropre ; aussi bien des gens en semant le persil font des grimaces ou des gestes désordonnés comme ceux des fous ; en Lorraine le semeur devait avoir de l’argent sur lui, tandis qu'à Limoges régnait l’opinion contraire5. -
1. Richard. Traci. de Lorraine, p. 235 ; L. -B1. Sauvé. Le F.-L. des Hautes- Vosges, p. 161 ; E. Rolland. Flore pop, t. Il, p. 53 ; J. -Juge. Changements dans les mœurs des hah. de Limoges, p. 141 ; E. Rolland, 1. c., t. II, p. 67.