‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 450 sur 506 · TALISMANS · texte numérisé non relu

TALISMANS

que, disent-ils, la corolle de la fleur représente la couronne d'épines, et ils prétendent qu’elle préserve de tout mal h

En Hainaut, l’épi double passe pour assurer la chance. Dans la Gironde une poignée de foin prise en secret aune charrette qui passe, et dont on a fait brûler la moitié, en récitant trois Pater et trois Ave , est un porte-bonheur. A Paris, il suffit qu’il ait été dérobé à une voiture qui passe ; à Marseille des cosses contenant neuf petits pois sont regardées comme des porte-veine 2.

On disait au XVIe siècle que le loup ne faisait aucun tort aux brebis si on avait lié un ail sauvage au cou de la première qui va devant \

Les habitants de la Sologne avaient la coutume, le premier dimanche de Carême, de se poursuivre dans les champs ensemencés, munis de flambeaux allumés, et de se réunir ensuite en un banquet pour manger de la bouillie. Mais afin que ce festin porte bonheur, que le diable ne se mêle pas de la fête, il est indispensable que chaque convive y apporte un pied de nielle qu’il a cueilli dans sa course

Certaines plantes constituent une sorte de talisman, à la condition d'avoir été mangées : Madame de Vervins disait que quand elle avait fait bien bouillir des choux ses ennemis n avaient plus de pouvoir sur elle 5. Dans la Gironde, une omelette au fenouil, mangée le jour de Pâques, garantit pendant toute une année des entreprises des sorciers5. Celui qui porte certaines plantes acquiert le don d invisibilité, et plus rarement celui de voir ce qui est caché aux autres. Au XVIe siècle, des gens des environs de Rennes, ne pouvant trouver quelqu un qui s’était échappé subtilement, « jugeoient qu’il s’estoit fait invisible pour avoir au matin mis du plantain sous la semelle gauche de ses souliers avec trois grains de sel ; » dans les Vosges le trèfle à quatre feuilles procurait le même privilège. En Basse-Rretagne ceux qui possèdent ce trèfle, l’épi à sept têtes ou le grain qui a passé dans la meule sans être moulu ou au four sans être cuit, voient ce qui reste caché aux yeux de la plupart des hommes7.

Suivant une croyance très répandue, les esprits qui ont étourdiment renversé un vase contenant un grand nombre de grains d’une nature quelconque, mais petits, sont obligés, avant de pouvoir recommencer leurs espiègleries, de les ramasser et de les compter ; d ordinaire ils y

1. E. Rolland. Flore pop., t. 111, p. 168 ; Lucie de V.-H. in Rev. des Trûd. pop., t. XVII, p. 595.

2. A. Harou. Le F.-L. de Godarville, p. 26 ; C. de Mensignac, p. 126 : Regis de la Colombière. Cris de Marseille , p. 269.

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