‹ Le folk-lore de France (volume 3)Chapitre 5 sur 506 · CRÉATION DUALISTE · texte numérisé non relu

CRÉATION DUALISTE

pour remercier une vieille compatissante, lui emprunte son bâton, et quand il en a frappé la pierre du foyer, il en sort une vache. Après son départ, la femme, devenue ambitieuse, veut avoir une seconde vache, et elle imite le bon Dieu ; mais aussitôt un loup apparaît et étrangle la vache 1 .

Deux récits d’Auvergne parlent des efforts du diable pour rivaliser avec l’œuvre divine ; comme toujours ils n’aboutissent qu’à une sorte de caricature. Après avoir créé l’homme, Dieu fut si content qu’il se tourna vers le Diable, et lui dit : « Fais-en autant ! » Le diable se mit à la besogne et travailla longtemps ; mais il ne réussit qu’à faire une taupe et à lui donner des pattes qui ressemblent à de petites mains. Lorsque Dieu eut tiré Adam du limon de la terre, le diable voulut

I imiter ; il prit aussi de l’argile, et, ayant modelé une forme humaine, il souffla dessus pour l’animer ; mais quand il lui eut communiqué la vie, on s’aperçut qu'au lieu d’un homme, il n’avait fait qu’un singe2.

L’origine de ce quadrumane est rapportée d’une façon toute différente dans un conte wallon, et elle se rattache au vieux thème du rajeunissement par des procédés violents: un maréchal ayant vu le bon Dieu placer un vieillard sur l’enclume et en trois coups de marteau le transformer en un homme plein de jeunesse, veut rajeunir sa mère par le même moyen ; mais il n’arrive qu’à produire une bouillie informe.

II court après le bon Dieu, qui revient et déclare qu’il ne peut faire un être humain avec ce tas de chairs sanglantes. 11 essaie cependant, et quand il l’a frappé avec le marteau, il en sort un singe, qui se met aussitôt à faire des grimaces 3.

D’autres légendes racontent que le plus redoutable des carnassiers est aussi postérieur à la création générale. D’après un récit du Morbihan, Dieu voyant que les bergers ne gardaient plus leurs moutons et les laissaient dévorer le blé, frappa du pied sur une motte de terre et en fit sortir un loup. Dans l’Yonne, c’est Jésus qui l’a créé pour défendre les choux du jardin de sa mère contre les chèvres qui venaient les brouter4.

Quelques animaux doivent leur origine à des métamorphoses, et ils ont pour ancêtre un homme qui, ayant commis un acte coupable, a été condamné à perdre sa forme primitive pour en prendre une inférieure en beauté ou en force; leur corps conserve quelque particularité qui rappelle leur ancien état, et qui a vraisemblablement contribué à l’éclosion des légendes explicatives. Plusieurs de celles que l’on raconte

1. F.-M. Luzel. Légendes chrétiennes de la Basse-Bretagne, t. I, p. 4-5.

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