LE RENARD ET LE LOUP
disgrâces1, ou d’entrer par detroites ouvertures dans des endroits d’où il ne peut plus sortir quand il a mangé2 3. A la même cause sont dues les mésaventures du puits, du fromage, de l’eau bue dont il crève, des dents, que le renard lui brise à coups de pierre pendant qu’il ouvre la gueule pour recevoir du fromage ou des poires J. Le renard lui persuade encore de se servir en guise de coin, de sa patte qui reste prise quand l'arbre se referme ; de s’avancer sur la glace qui se brise sous lui ; de sauter à un endroit où se trouve un piège4. Le loup ayant saisi le renard par la jambe, celui-ci lui fait accroire qu’il ne tient qu’une racine ou un buisson5. Le renard et le loup cultivant en commun, le renard s’arrangé pour avoir la meilleure part ; il en est de même lors du partage des pots de beurre volés6. Dans un conte languedocien où c’est une femme qui a attaché au loup une queue de filasse, le renard lui persuade de sauter par dessus un feu, et la fait brûler; en Gascogne, il lui dit qu’il guérira ainsi ses brûlures7.
Dans un récit basque le Renard, moyennant l’abandon d’un chevreau, protège les chèvres contre le loup ; il leur attache sur la tête des paquets de mousse, et quand le carnassier se présente, il lui fait accroire que ce sont des têtes de loups, et que la place de la sienne est entre les cornes de la chèvre qui n’en a pas ; un conte du Lavedan présente un épisode parallèle 8.
Lorsque le renard est en concurrence avec l’homme, il arrive souvent à le tromper par ses ruses. Un épisode qui se lie d’ordinaire aux mésaventures du loup, en est parfois détaché par les conteurs. En Haute-Bretagne le renard voyant des charrettes chargées de poisson, court devant et fait le mort; les charretiers pour avoir sa peau, le jettent sur les morues; alors le renard en fait tomber quelquesunes par terre, puis saute adroitement de la charrette pour aller les
1. E. Cosquin, t. II, p. 159 ; Paul Sébiltot. C. des provinces , p. 322 ; Contes des
Landes , p. 274 ; F. Arnaudin, p. 114; P. Redonnel, in Rev. des Trad. pop t IX p. 614 ; F. Chapiseau, p. 237 ; Louis Lambert, p. 175 ; C. Roussey, p. 27 ; ' Renart br. VI, v. 750, XIV, 560 et suiv. ’
2. E. Cosquin, p. 158; E. Rolland, p. 149; L. Adam, p. 416; Paul Sébillot* C. desprov. p. 321 ; F. Arnaudin, p. 124 ; C. Roussey, p. 24; Ed. Edmont in Rev. des Trad. pop., t. XI, p. 150, t. X, p. 214; Renart , br. XIV, v. 661 et suiv.
3. Cf. t. II, p. 326, t. I, p. 27 ; Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t V p
439; Félix Arnaudin, p. 117; Aug. Gittée, 1. c. p. 163; L. Pineau, p. 192. ’
4. Louis Lambert, 1. c., p. 174; F. Arnaudin, p. 132, 136 ; Coundes biarnès p. 120-121.
5. E. Rolland, p. 149; Arnaudin, p. 133 ; P. Redonnel, in Rev. des Trad. pop. t. p. 625 ; abbé L. Dardy. Anth. de l'Albret, t. II, p. 347.
6. Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 350; W. Webster. Basque Legends, p. 43-44.