PRÉSAGES ET RENCONTRES
Suivant les circonstances dans lesquelles ils se présentent, les mammifères domestiques présagent l’heur ou le malheur. En Brie, un troupeau qui venait au devant du voyageur était pour lui une marque de bon accueil à l’endroit où il se rendait; s’il lui tournait le dos, il pouvait s’attendre à une mauvaise réception ; c’était un hasard fâcheux que de trouver fortuitement un troupeau de bêtes à cornes 3.
Les augures que l’on tire d’un ou de plusieurs animaux, en raison de leur espèce, et qui reflètent parfois le caractère ou 1 influence que l’on attribue à chacune, sont beaucoup plus nombreux. Dans les Vosges on aura des disgrâces toute l’année si la première rencontre que l’on fait le jour de l’an est celle d’un chat; en Provence, celui qui voit plusieurs de ces félins jouer ensemble le matin peut etre assur que rien ne lui réussira dans la journée 4. Au pays de Liege, la vue sur la route de cochons, animaux qui grognent souvent, indique que 1 on sera regrogné , grogné ; c’est-à-dire qu’on aura un mauvais accueil Dans plusieurs parties du nord et de l’est, croiser un troupeau de moutons lorsqu’on se rend en visite ou qu’on sollicite quelque c iose, présage qu’on sera bien reçu. A Liège la jeune fille qui voit venir neuf moutons épousera le premier jeune homme qui lui donnera la main , celle qui aperçoit un cheval, surtout s’il est blanc et qu il remue la queue, est sûre de rencontrer son amoureux; celle qui compte cent chevaux blancs épousera le premier jeune homme qui lui tendra a main, qui la regardera ou lui adressera la parole. Les pécheurs de la baie de Saint-Malo considèrent comme de bon augure la vue d un
1 E Rolland. Faune populaire , t. V, p. 214 ; Laisnel de la Salle Croyais du
Centre , t. Il, P- 116, en 1506 un titre désiguait le cochon ; byoc £ J
Sébillot- Traditions de la Haute-Bretagne , t. IL P- > . , nardv Antho-
Xîxîf c : P !»Æ 1 1 Oict.Co^e; Dict. «e i
Duez, 1. c.
2 Jaubert. Glossaire du Centre.
t p. 12 ; Régis do la Colombiers. U,
Cris de Marseille, p. 274.
Les rencontres
cheval ou d un âne lorsqu’ils se rendent à leur bateau. En Périgord, la venue fortuite d un chien annonce l'arrivée prochaine d’un ami, ou le rétablissement du malade auquel on s’intéresse. Au XVIIe siècle, la chèvre vue le matin présageait du bonheur. En Wallonie, on dit que si un chat vient se faire caresser par une personne qu'il ne connaît pas, celle-ci sera certainement trahie ; si c’est un chien au contraire, e e peut compter sur la fidélité de son ami ou de son amie1. Le chat, par sa seule présence, exerce une sorte de fascination. On croit en nj°u (Iue s ll entre dans la boulangerie pendant que la pâte est dans les paniers, elle ne lève pas, cuit mal ou fait de mauvais pain. Les marins d’Audierne prétendent qu’il porte malheur au bateau dans lequel il se trouve ; les pécheurs de la Manche bretonne se hâtent de rentrer chez eux, dans la crainte de quelque fâcheuse aventure, si en sortant la nuit pour aller en mer, ils en rencontrent un ; ceux de l’îie de Houat (Morbihan) n’aiment pas à le voir, même en jour* d’une maniéré générale en Haute-Bretagne, le chat et Je chien portent malechance à ceux qui s’embarquent pour la pêche2.
Ronsard, qui semble avoir eu pour le chat une aversion marquée, a reuni dans un petit poème plusieurs des idées populaires courantes à son époque, qui n ont pas toutes été relevées depuis:
L’un disoit que bon signe c’estoit
Quand un Chat blanc son maistre reflatoit,
L autre disoit que le Chat solitaire Estoit la lin d’une longue misere.
Et lors fronçant les plis de mon sourci La larme à l’œil je leur respons ainsi :
“ Le Chat devin miaulant signifie Une fascheuse et longue maladie,
Et que longtemps je gardray la maison Comme le Chat qui en toute saison De son seigneur le logis n’abandonne s. »»
Les animaux de couleur noire sont l’objet de plusieurs croyances * c est au chat noir que s’attachent les plus nombreuses. Dans la Gironde et la Loire-Inférieure il est considéré comme la bête du bonheur et aussi comme celle du diable, et, de même que dans le Midi, il assure la chance à habitation dans laquelle il se trouve ; en Béarn il préserve du sorcier en Wallonie où la possession d’un chaton de cette couleur est d’un bon
fmnwis^ °tkIlCDOÎSuC*SÀ MC-’ p‘ T18i, A; Desrousseaux- Mœur} de la Flandre française , t. Il, p. 284 , A. Meyrac. Trad. des Ardennes , p. 182: Richard Trad de
Lorraine, p. 222 ; E. Monseur. Le Folklore wallon, p. 15; A. Hoc n '•
TaZ7op °t ’iv S,fÏH0t' Ul-L- des p. «Je'; E. RoLd.'
in Wallonïa, ï m,Pp 66. ** SupersL 1‘ P* 209 ! °* Gols™>
2. G. de Launay, in Rev. des Trad. pop., t. VIII d 94- Paul <5£hillni r» swt
Lore des pêcheurs, p. 194, 185-186. ’ P‘ ’ béblllot* Le Folk -